Je n'attendais pas grand-chose de ce drama, énième comédie romantique à passer devant mes yeux, avec l'éternel lead masculin sobre et froid option coincé et l'héroïne écervelée tendance hystérique. Mais il s'est avéré qu'elle avait un petit quelque chose qui m'a happée.
Certes, réaliser en 2025 -à l'heure des traducteurs et assistants IA divers et variés accessibles sur n'importe quel smartphone- un drama basé sur l'impossibilité à communiquer avec un étranger c'est un peu décalé.
Certes, la série est lente et un peu longuette (2 épisodes de moins aurait été top !) et ce n'est pas l'alchimie plutôt tiède au sein du couple lead qui aidera à maintenir l'attention des impatients.
Certes, les images cartes postales et le placement produit de luxe m'ont donné l'impression d'observer le rejeton numérique de Vogue et National Geographic.
Certes, j'ai mis longtemps (vraiment longtemps) à trouver une utilité au personnage de Hiro (ce petit génie qui pige rien au coréen avant de devenir quasiment bilingue en quelques semaines !).
Pourtant, j'ai aimé. Vraiment.
J'ai apprécié l'idée de donner corps au traumatisme et aux blessures de Cha Mu-hee par l'intermédiaire du personnage de Do Ra-mi. Cette créature violente et instable - née d'un esprit blessé et fragilisé - est chaotique, dérangeante, voire effrayante, et il faut un peu de temps pour réaliser son but réel.
Alors, oui, le traitement est peut-être maladroit et fait certainement bondir de colère les professionnels de la santé mentale, mais pour moi (et manifestement pour Joo Ho-jin aussi) "ça fait le job" et me donne les clés de compréhension nécessaires pour suivre les errances et incohérences de Cha Mu-hee.
J'ai particulièrement aimé cette ambiance générale teintée d'une douce amertume où évoluent des personnages plutôt craintifs : que ce soit ses expériences passées, ses principes, ses angoisses, ses regrets ou son déni, chacun est retenu, empêché, entravé par quelque chose qu'il n'ose pas bousculer pour croire en ses chances et avancer.
La lenteur du drama correspond bien à l'évolution des différents personnages et au développement de leur compréhension mutuelle.
J'ai même fini par apprécier Hiro, cet insupportable bellâtre qui ne veut d'abord pas admettre qu'il peut tomber amoureux comme n'importe quel humain lambda avant de réaliser finalement (avec une certaine résignation, plus chaleureux et amical qu'aigri) qu'il n'a peut-être jamais eu aucune chance.
Il reste cependant un dernier point pour lequel je ne sais trop sur quel pied danser.
Je peste souvent après les séries qui laissent en suspens certains des éléments d'intrigue lancés mais, ici, ils ont vraiment tenu à tout expliquer et boucler. Je devrais donc être particulièrement satisfaite et pourtant ce n'est pas le cas.
J'aurais plutôt tendance à penser qu'ils en ont fait trop : en voulant expliquer des éléments quasiment oubliés ou en créant une révélation finale parfaitement inutile pour la compréhension de l'histoire ou de la psychologie des personnages, les deux derniers épisodes réussissent l'exploit de donner dans le même temps une impression de trop-plein et de délayage.
C'est un peu dommage car, pour moi, la fin du 10e épisode suffisait à clore la série sans besoin d'explications supplémentaires.
Malgré le petit moins apporté par les deux épisodes superfétatoires, cette série m'a embarquée dans les hésitations de ses personnages (principaux comme secondaires) très humains, fragiles, butés, incohérents, idiots, perdus, parfois méchants et souvent attendrissants. Je ne l'aurais pas parié à l'apparition de Do Ra-mi mais ça a été un moment de douceur et d'apaisement.