Les grands studio adorent déterrer des cadavres pour leur faire danser une gigue pathétique, et Dexter: Résurrection est le dernier pantin d'une longue lignée. Les reboots nostalgiques, c'est la junk food de l'industrie : ça te remplit, ça te rappelle vaguement un goût que t'aimais, mais ça te laisse un arrière-goût de graisse rance. Cette série, c'est un grand reset qui crache sur New Blood et sur tout ce qui faisait le sel de Dexter. On voulait un baroud d'honneur, on a eu un PowerPoint fan service qui sent le moisi.
Je suis ensuite allé sur internet en me disant que j'allais au moins me marrer avec les critiques incendiaires... Et là, tout le monde a adoré. Comment c'est possible ? Je veux dire, j'ai conscience que Dexter n'a jamais été une grande série. Huit saisons d'étirements à la noix, au point où plus rien n'était crédible et où les astuces scénaristiques sont devenues de plus en plus grossières et franchement agaçantes. Mais New Blood avait au moins eu le mérite de remettre un peu d'ordre dans le chaos, d'offrir à Dexter une fin, une vraie. Résurrection, elle, efface tout d'un revers de main : plus de conséquences, plus de logique, juste un grand reset pour relancer la machine à nostalgie.
C'est ça le mot-clé : nostalgie. Une nostalgie vidée de sens, servie tiède, sans conviction. Et c'est d'une lourdeur gênante. Doakes réapparaît, balance un "surprise, motherfucker" qui arrache un sourire pendant trois secondes, puis s'évapore comme un mème oublié. Il débite ses répliques cultes comme s'il lisait une fiche de tournage. Batista ? Un caméo paresseux, un clin d'œil qui te hurle "T'AS VU, On L'A RAMENE !" avant de le virer du cadre. Tout sonne faux, tout est plaqué. Comme si la série se moquait d'elle-même sans l'assumer.
Et à côté de ça, on te gave de personnages secondaires sortis d'un chapeau. Des figurants qu'on essaie de rendre "complexes" en deux lignes de dialogue et un trauma au rabais. La détective qui écoute les Bee Gees (pourquoi pas un walkman tant qu'on y est ?), la fille de l'hôtel avec son trauma en carton, la mère malade qui sert de décor. C'est du remplissage, du vide maquillé en intrigue. Les intrigues s'empilent sans but, les dialogues traînent comme des séances de psy mal coupées, et le montage te balance des transitions musicales dignes d'un téléfilm du dimanche.
Un massacre de rythme qui s'essouffle comme un joggeur en fin de course.
Dexter, lui, n'évolue pas d'un millimètre. Ses dilemmes sont les mêmes, ses monologues intérieurs aussi des copier-coller de la saison 2, mais sans la tension, sans l'étincelle. Sa prétendue dualité n'a plus aucune saveur. Il patauge dans les mêmes tourments sans évoluer d'un pouce. Quand une série commence à se répéter en espérant que le public oublie les saisons précédentes, c'est qu'elle a perdu sa conscience et son sang-froid.
Tu peux mettre du gloss sur un cadavre, ça reste un cadavre. Hall est impeccable, mais il joue un fantôme dans une série qui se contente de cocher des cases : nostalgie, check ; caméos, check ; intrigue, euh, on verra plus tard. C'est une insulte à New Blood, qui avait au moins eu le cran de trancher dans le vif. Ici, on te sert un reboot mou, un spectre numérique qui flotte dans un scénario sans tripes, sans enjeux, sans âme.
Alors oui, "Résurrection" portait bien son nom : on a vraiment ressuscité Dexter. Mais ce qu'on a ramené, c'est pas l'homme. C'est le fantôme. Un spectre numérique qui flotte dans un scénario sans tension, sans enjeux, sans âme.
Dexter: Résurrection est un zombie qui titube, un vestige d'une série qu'on aimait, vidé de son sang et gavé de fan service. C'est pas nul à chier, c'est pire : c'est inutile. C'est pas une résurrection, c'est une profanation.
Combien de fois va-t-on exhumer ce corps avant de le laisser reposer en paix ? Enterrez-le, bordel, et passez à autre chose.