Doctor Who
6.2
Doctor Who

Série BBC One, Disney+ (2024)

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A boire et à manger, dans le futur et le passé : Les six premiers épisodes

A l'heure où j'écris ces lignes, six épisodes de la série sont sortis. Je développerais donc ma critique au fil des semaines et des épisodes.

Episode 1 : Space Babies

Un épisode qui ne fonctionne absolument pas. Si l'idée peut être sympa sur le papier, l'exécution ne suit pas. En effet, dans beaucoup de scènes, l'un des bébés dit quelque chose sur un ton joyeux tout en ayant une expression faciale contradictoire, ce qui casse toute l'illusion. Ensuite, le dénouement de l'épisode laisse fortement à désirer. De plus, l'épisode nous remontre à plusieurs reprises des scènes que l'on a déjà vu à peine 20 minutes plus tôt pour être sûr qu'on n'a pas oublié, c'est vraiment prendre le spectateur pour un con.

Episode 2 : The Devil's Chord

Un épisode bien plus intéressant, avec de l'audace visuel, par les notes mais aussi la scène de comédie musicale. Nettement supérieur au premier épisode, celui-ci est pourtant loin d'être parfait. Le Maestro aurait pu avoir un immense potentiel et est extrêmement bien incarné, mais force est de constater qu'iel n'arrive pas à obtenir l'intensité et l'aura qu'avait son père, le Toymaker.

De même, si la scène de comédie musicale était aussi surprenante que bienvenue, le côté méta avec le clin d'oeil au spectateur et la mention d'un twist était un peu lourd, et j'espère que les autres épisodes ne reprendront pas ce ton là.

Episode 3 : BOUM

Excellent épisode. Steven Moffat nous offre un épisode brillamment écrit, avec des personnages secondaires approfondis et une intrigue originale, celle-ci étant dénuée d'antagoniste au sens propre du terme et étant extrêmement minimaliste : un unique lieu, peu de personnages, peu d'événements, l'on se concentre sur la tension, les dialogues et les personnages. La mise en scène est également assez simple, ce qui est un peu dommage, mais le résultat global reste très bon, surtout comparé aux deux autres épisodes de cette série, et aux dernières saisons de celle de 2005.

Episode 4 : 73 Yards

Immense claque que cet épisode, qui se démarque du reste de la série avec une narration atypique et permet enfin de développer le personnage de Ruby, tout en se payant le luxe d'un docteur quasi absent (peu d'épisodes ont fait ce choix, l'on peut citer Les Anges Pleureurs, mais l'absence était moins radicale). Je trouve également une vibe Black Mirror à cet épisode. Bref, je commence à avoir foi en cette saison.

Episode 5 : Oeil et Cerveau Bulle

Episode aux aires de Black Mirror, également dans une narration atypique. L'épisode se centre sur un personnage secondaire, ce qui est une très bonne chose, même si j'avoue préféré quand ce développement se fait à la manière de BOUM, sans éclipser le Docteur et son acoyte. La mise en scène est classique, j'ai également l'impression d'avoir vu cette colorimétrie et cette identité visuel dans 10000 autres séries, ce qui est dommage. L'univers est peu développé, les antagonistes restent très peu définis, on se serait attendu à un dialogue entre le Docteur et les créatures ou entre le Docteur et le système, mais l'explication est malheureusement assez baclée de même que la thématique du racisme qui est abordé mais peu creusée. L'épisode est quand même pas mauvais, meilleur que les deux premiers, mais moins bon que BOUM et 73 Yards.

Episode 6 : Rogue

Des extra-terrestres au look un peu cheap, des personnages secondaire marquants, la nécessité de courir et de se cacher, pas de doute, on est bien dans un épisode typique de Doctor Who ! Un des rares de la saison, qui se paie même le luxe d'amener du tragique à son récit. La mise en scène est assez classique, sans intérêt particulier, de même pour le scénario, mais c'est aussi ça Doctor Who, des tas d'épisodes sympa sans être époustouflant, et Rogue aurait pu faire un personnage récurent intéressant à la Jack Harkness, mais on dirait que ce n'est pas la direction que va prendre la série. Bref, un plutôt bon épisode malgré des antagonistes un peu trop cliché.

CONCLUSION

Ce début de série a des qualités certaines : les acteurs sont globalement bons, voire très bons, les effets spéciaux ont glow-up par rapport à la série précédente, et il y a visiblement des idées. Mais force est de constater qu'il y a également beaucoup de défauts.

Tout d'abord au niveau des personnages. Concernant les personnages principaux, le Docteur manque d'une part sombre, et il faut quatres épisodes avant que le personnage de Ruby soit enfin développé de manière intéressant.

Concernant les personnages secondaires, les deux premiers épisodes sont décevants.

Doctor Who est une série qui avait pris l'habitude, pour chaque épisode, de s'attarder sur un personnage secondaire, qui allait susciter l'empathie du spectateur et l'aider à s'impliquer dans les enjeux de l'histoire. Les personnages secondaires étaient déjà une faiblesse des dernières saisons, mais force est de constater qu'ils sont totalement absent (ou inintéressant) dans les deux premiers épisodes. Aucun lien ne se tisse entre le spectateur et les bébés ou la Nanny de Space Babies. Aucun lien ne se tisse entre le spectateur et les Beatles. A ce niveau-là, le troisième épisode est bien plus réussi, et donne une véritable chair aux personnages secondaires, que l'on a l'impression de connaître en quittant l'épisode. Concernant le quatrième épisode, difficile de juger au vu de sa structure narrative et du fait que le personnage secondaire n'est pas si secondaire que ça, de même pour le cinquième dont un personnage secondaire de la série tient le premier rôle de l'épisode. Le sixième épisode quand à lui renoue avec la qualité d'un épisode de qualité moyenne de la série de 2005 en terme de personnage secondaire, avec des personnages intéressant, mais qui ne vont probablement pas marquer sur le long terme malgré le potentielle de Rogue.

Les antagonistes des deux premiers épisodes sont également assez pauvres. Le croque-morve me fait penser à des créatures qu'on a déjà pu voir, comme les monstres de poussières de rêve de l'épisode Dans les bras de Morhée (Sleep no more), en moins bien traité et en moins intéressant. Le Maestro est intéressant et avait un fort potentiel, mais n'arrive pas à la cheville du Toymaker, du Maitre, ou des autres antagonistes humanoïdes de la série (même si son look c'est du 10/10, que l'actrice est bonne et qu'il y a de l'idée, c'est l'exécution qui pèche). L'épisode 3, de par son absence de méchant dans le sens usuel du terme, se démarque et est bien plus intéressant. Et l'épisode 4 est également très intéressant à ce niveau là. L'épisode 5 retombe dans une pauvreté des antagonistes, avec des créatures peu marquantes, sans identité et peu défini. L'épisode 6 caractérise un peu plus les antagoniste, mais ils sont un peu "méchant parce qu'ils sont méchant", ce qui est dommage.

Je m'interroge également concernant les structures narratives. A part les deux premiers épisodes et le sixième, tous les autres sembles avoir une structure narrative atypique (et encore, le deuxième épisode pourrait également être considéré atypique), et si un épisode avec un structure atypique permet de le faire sortir du lot, de briser la routine et de donner du relief à la série, cet effet est perdu dès lors que tout les épisodes sont atypiques, et que donc il n'y a plus de narration typique, et je trouve ça dommage.

Un autre problème que j'ai avec ce début de saison, c'est le ton. C'est beaucoup trop léger, désinvolte. Doctor Who est une série qui a su présenter de véritables moments de tragédies et d'intensité brutale. Il n'en est rien ici. Cela viendra peut-être dans la suite, espérons-le, car c'est ces moments-là qui donnaient à la série de 2005 toute son intensité et son ampleur, et qui donnaient une aura aussi intense au Docteur. A noter que l'épisode 3, bien qu'un peu plus sombre, garde un côté légèrement trop désinvolte à mon goût, la mort de divers personnages manque de tragique par exemple, et bien que cela ai un sens (la foi donne une autre connotation et enlève le tragique de la mort), je trouve ça un peu dommage. La série parvient enfin à avoir du tragique avec l'épisode 4, mais à la fin de l'épisode, ce tragique est finit, sans marquer les protagoniste, ce qui est un peu dommage. Et le tragique de l'épisode 4 ne se poursuit malheureusement pas au 5, dans lequel on à littéralement des dizaines de milliers de personnes qui meurt, dont des amis du personnage principal qui meurent, sans aucune émotion. A noter que l'attitude peu émotive du personnage n'est pas abherrante, mais on aurait pu avoir cette atitude désinvolte du personnage tout en mettant de l'émotion dans les évènements. L'épisode 6 quand à lui reprend un peu de tragique, mais d'un tragique qui manque un peu d'impact sur les personnages, même s'il est celui-qui va le plus loin à ce niveau là.

J'ai également quelques interrogations pour la suite. La première concerne le nombre d'épisodes de la saison : 8, c'est peu pour développer les personnages principaux et l'intrigue globale de la saison (les premières saisons de la série de 2005 comportaient 13 épisodes). Ma deuxième interrogation concerne la personalité du Docteur. Chaque Docteur à en effet sa psychologie et des leçons à tirer de la vie : Christopher Eccleston doit faire face à se culpabilité et apprendre à pardonner et voir le positif des choses ; David Tennant était caractérisé par la peur de la perte des êtres qui lui sont cher et de la solitude etc. Qu'en est-il de Ncuti Gatwa ? Il déborde d'optimiste et semble dénué de toute part d'ombre (à noter que c'était déjà un peu le cas de Jodie Whittaker, dont le seul défaut était d'avoir du mal à se confier et qui devait apprendre à faire face à son amnésie et à ses origines). Lorsque le Docteur mentionne que son âme a été séparé en deux dans l'épisode 2 et qu'il ne survivrait pas si ça arrivait à nouveau, je me suis dit que ça serait peut être développé, peut être qu'il en souffrirait ou que sais-je. Ca n'est au final pas le cas. Je me questionne donc sur les thématiques et l'évolution psychologique que pourrait avoir le personnage. Peut être aura-t-il un chemin psychologique tragique ? Passer d'un optimiste souriant dénué de tout problème à un être traumatisé par quelconques évènements ? Ca pourrait être intéressant, mais malheureusement je n'y crois pas trop, mais bon, on verra, l'épisode 6 m'a fait un peu espérer un tel cheminement. J'espère juste qu'il feront vraiment quelque chose et qu'ils ne vont pas nous donner un Docteur qui est juste heureux et dénué de tourments autres que passagers.

Espérons que la suite développera les personnages, principaux comme secondaires, et travaillera davantage l'intensité et la gravité de ces récits, et qu'elle ressemblera davantage à BOUM et à 73 yards (même si ce genre d'épisode doit rester rare pour garder son impact) ainsi qu'a Rogue, plutôt qu'à Space Babies. Et espérons que les deux derniers épisodes soient deux parties d'une même histoire, les épisodes doubles ont toujours permi de creuser davantage les personnages et de donner plus d'ambition à l'impacte du récit en le rendant plus mémorable, et il est dommage qu'il n'y en est pas eu jusque là, mais ça pourrait faire un bon final de saison.

Elenna32
7
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Créée

le 15 mai 2024

Modifiée

le 18 mai 2024

Critique lue 610 fois

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Elenna32

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