Euphoria
7.7
Euphoria

Série HBO (2019)

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Quelle bien curieuse série. On dirait un mélange de "Dallas" et de "Requiem for a dream" le tout en mode coolitude activé.


On me l'a vendue comme une série pour ado. Je suppose que c'était une blague. Parce que je ne suis pas sûr que beaucoup d'ado aient envie de voir ça. J'imagine mal les élèves que j'ai et que j'ai eu regarder ce genre de série. Cela me rappelle quand j'étais élève moi aussi, une prof nous a passé Requiem for a dream en classe, nous avions 17 ans, la majeure partie de la classe était un peu dégoûtée, un élève en particulier qui disait que ce genre de film ne devrait pas exister. J'ai apprécié le film quelques autres aussi, mais nous étions une minorité. Non, cette série est plus pour les jeunes adultes je pense.


Je ne sais pas trop quoi penser des messages véhiculés par cette série. Je suis tenté de qualifier cette série d'ultra conservatrice. On voit des ado prendre de la drogue et pratiquer du sexe : ça part vite en cacahuète, aucun n'est capable de faire les bons choix, le sexe ne semble jamais sain, la drogue est prise avec excès et le tout mène souvent à la violence. Le portrait de cette jeunesse perdue est excessive et certainement pas réaliste. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas de cas similaire dans la vie. Mais en concentrant la narration sur 7-8 personnages aussi proches et qui ont tous des problèmes assez graves, ça donne l'impression que le monde entier est ainsi. Ce n'est d'ailleurs pas que la jeunesse qui est perdue, les adultes aussi, puisque les quelques uns que l'on voit forniquer font pitié d'une manière ou d'une autre.


Notons aussi que l'on voit tout sauf des relations sexuelles 'normales' : fellations, levrettes, sodomies, sph, webcam, étranglement, homosexualité, pornographie... bref, on nous montre tout cela comme quelque chose de négatif. Il y a un peu de nuances, n'empêche qu'il est difficile de voir ces pratiques comme saines, surtout quand on ajoute à cela sexe avec mineurs et envie incestueuse très prononcée. Comme si les sessions en webcam et les positions variées étaient des symptômes que notre société va mal. Et que les ado sont des âmes perdues, pas forcément fautives, plutôt des victimes de ce que les adultes ont fait, mais qui du coup répète les mêmes erreurs, à cause d'un manque de balises saines.


C'est un peu dommage, mais bon, pourquoi pas. J'ai apprécié Kids de Larry Clark qui raconte à peu près la même chose. La différence, c'est que Larry Clark ne joue pas la carte de la coolitude. Il va aborder son récit sérieusement, y distiller de l'humour et même un côté fun, mais n'ira pas jusqu'à donner l'impression que c'est cool. C'est d'ailleurs un peu hypocrite de filmer ces rapports maladroits comme étant cool si c'est pour en fait dire que c'est mal. Soit. Passons à l'intrigue, c'est plus pertinent, car au final, chacun est libre de véhiculer le message qu'il veut, je suis juste déçu que l'auteur n'aborde pas le sexe avec un peu plus de neutralité. Surtout qu'au milieu de tout ça, il ne faut pas oublier qu'il y a Jules, personnage trans... que faut-il penser de ce personnage qui est traité avec bien plus de douceur que tous les autres, une sorte discrimination positive... mais vu que toutes les sexualités déviantes sont montrées du doigt, que doit-on conclure de Jules qui forcément se retrouve dans tous les cas en pleine déviance ?


Il y a aussi pas mal de thèmes 'importants moralement' qui sont abordé, comme la grossophobie, les trans etc. Malgré la longueur de la série, je trouve qu'en fait, on ne fait que survoler tout ça et que l'auteur enfonce des portes ouvertes... Du coup la série apparaît plus come un rappel vite fait qu'un véritable pamphlet humaniste.


Cette fois, je passe vraiment à l'intrigue : on trouve de bonnes idées, dans les situations, dans l'évolution des personnages. Mais aussi des choses moins bonnes. En fait, le gros problème, c'est d'avoir autant de personnages en même temps à suivre : ça donne des épisodes assez bordéliques. De plus si certains personnages se voient exploités correctement, certains sont parfois 'oubliés', du coup leur évolution est bien trop vite expédiée, je pense notamment à Kat qui dans les deux derniers épisodes est mise de côté et dont l'évolution va bondir de façon beaucoup trop excessive, de quoi rendre l'écriture incohérente.


Le tout manque de cohésion : certes on retrouve des thématiques similaires d'un personnage à l'autre, n'empêche que l'intrigue de Kat n'a pas grand chose à voir avec celle de Nate, par exemple. Et si les personnages et leurs histoires s'entrecroisent, c'est plus pour justifier leurs présences dans la série que réellement associer les intrigues et les personnages. De plus toutes les histoires ne sont pas très intéressantes. Personnellement, j'ai préféré celles de Kat et Nate, un peu aussi celle de Cassie et un peu celle de Jules, pour le reste, c'était assez barbant pour ma part. Du coup, le côté expédié par moment était on ne peut plus frustrant, de même que de devoir couper l'intrigue qui m'intéresse pour passer à une autre moins intéressante, ben ça casse l'enthousiasme (surtout quand on y revient vite-fait pour dire que c'est bouclé).


En recentrant l'intrigue sur quelques personnages, l'auteur aurait pu mieux développer l'ensemble de ses récits et de ses personnages. Au lieu de ça, histoire de compliquer le tout, on doit se taper un flashback sur le background de chaque personnage en début d'épisode, un par épisode. Ces scènes sont souvent inutiles, car elles ne changent pas vraiment la perception que l'on avait des personnages ; on ne se dit pas non plus 'ha maintenant je comprends pourquoi il/elle a fait ça dans l'autre épisode'. Ces flashbacks sont gratuits et n'apportent rien si ce n'est un moyen d'étirer l'intrigue un peu plus et surtout d'ajouter du drama.


Parce que du drama il y en a plein. Heureusement quelques personnages apportent un peu de légèreté, mais ça reste faible, c'est vraiment le drame qui ressort le plus. La série manque un peu de couleur, ennuie par sa tonalité quasi unique. Heureusement qu'il y a de la violence j'ai envie de dire, ça permet d'égayer un peu.


Je trouve aussi que l'auteur joue trop des coups de théâtre avec en plus l'envie de choquer. Les personnages vont faire et dire des choses choquantes, se comporter comme de vraies vipères, planter un couteau dans le dos d'un autre, ou bien se mettre dans une situation dingue. Ce n'est pas toujours cohérent mais pire, ce qui est montré comme super grave dans un épisode est oublié dans l'épisode suivant presque. C'est du zapping.


Niveau mise en scène on trouve aussi de belles choses, en témoigne ce final dans le dernier épisode. Mais à nouveau on ressent cette volonté de vouloir trop en faire, de vouloir marquer les esprit. Ainsi, la caméra bouge beaucoup, plus pour l'effet de style que pour renforcer une diée narrative (mais l'un n'empêche pas toujours l'autre, heureusement). La photographie est soignée, voire tape à l'œil, bien foutue, mais trop spectaculaire aussi. Le montage est bien rythmé, toujours dans un souci d'en foutre plein les mirettes. Les voix off sont assez chiantes (faut dire que le texte n'est pas top). Les décors sont corrects. Les acteurs font du bon boulot.


On nous montre beaucoup de sexe, surtout des pénis ; bizarrement pas beaucoup de vulves (mais bien quelques poitrines). Pourquoi pas de vulves ? C'est trop dégueux ? Ou bien peur de choquer le public ? Quitte à vouloir montrer tout ça, autant y aller à fond, c'est vrai qu'on ne voit pratiquement jamais de vulve en gros plan, même dans les films, souvent, c'est juste le pubis poilu qui est montré alors qu'une vulve c'est beau aussi. Ce qui est bizarre aussi, c'est qu'au fil des épisodes, on en voit de moins en moins. Pourquoi avoir autant de plans gratuits dans les premiers épisodes si à la fin on ne voit plus rien ? Était-ce... pour choquer ou simplement attirer le chaland en lui promettant des choses ? Quant à la violence, bizarrement, elle est décevante ; la scène du passage à tabac par Nate est certes un peu dure à regarder, mais le résultat est assez mou au final, le mec aurait dû avoir le visage bien plus défoncé, y compris quand on le retrouve deux épisodes plus tard (ça me fait penser que cette scène de retrouvailles est assez pathétique, avec le pauvre qui se met à pleurer de peur et puis qui... ose dire qu'il ne dira rien, sans avoir peur de s'en prendre une dans la tronche ? certes il finira par accepter ce deal, n'empêche, que ce moment de bravoure ne colle pas du tout aussi bref soit-il).


Bref, pas vraiment convaincu par cette série. Dommage.


PS : j'avais tort, plusieurs de mes jeunes élèves me parlent de cette série maintenant que la saison 2 va sortir, donc ça marche auprès d'un jeune public.

Fatpooper
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le 12 nov. 2021

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