La série Hannibal propose une relecture élégante et sombre de l’univers créé par Thomas Harris, avec une ambition esthétique et narrative indéniable. Mais ce qui marque avant tout, c’est la prestation de Mads Mikkelsen, tout simplement magistrale.
Mikkelsen s’approprie le personnage d’Hannibal Lecter avec une aisance remarquable. Là où Anthony Hopkins proposait une interprétation iconique, presque théâtrale, Mikkelsen choisit une approche plus froide, plus contenue, mais tout aussi fascinante. Il impose une présence hypnotique, faite de subtilité et de menace latente, qui élève constamment le niveau de la série.
Malheureusement, le reste du casting peine à rivaliser. Laurence Fishburne, sans être mauvais, ne parvient jamais à marquer autant qu’on pourrait l’espérer, tandis que Hugh Dancy, dans le rôle de Will Graham, a parfois tendance à surjouer certaines émotions. Il conserve néanmoins une sensibilité intéressante qui rend son personnage attachant sur la durée. En revanche, mention spéciale à Gillian Anderson, très juste et élégante dans son rôle, ainsi qu’à Michael Pitt (Mason Verger), qui livre une performance marquante.
L’adaptation des romans est globalement réussie. Malgré des libertés scénaristiques assumées, la série parvient à conserver l’essence de l’œuvre originale tout en développant une identité propre, notamment grâce à sa mise en scène soignée et son atmosphère presque onirique.
En revanche, la fin laisse un goût d’inachevé. Si l’intention poétique est bien présente, la construction du dernier épisode pose problème : trop précipitée, parfois brouillonne, elle manque de cohérence et d’impact. Ce n’est pas tant le destin des protagonistes qui déçoit, mais plutôt la manière dont tout s’enchaîne, comme si la conclusion avait été écourtée. On ne peut s’empêcher d’imaginer une alternative plus aboutie, pourquoi pas avec l’introduction de Clarice Starling à l’hôpital de Baltimore, qui aurait offert une ouverture plus marquante et fidèle à l’esprit de l’univers.
Au final, Hannibal reste une série singulière, portée par un acteur au sommet de son art, mais dont les déséquilibres et la conclusion imparfaite empêchent d’atteindre pleinement le statut de chef-d’œuvre.