Un retour aux sources...divergentes
Où commencer l'analyse de cette série tant tous ses points méritent d'être abordés?
Tout d'abord, pour ceux qui ont vu les longs-métrages ayant trait à la "mythologie Hannibal Lecter" (Le silence des agneaux, Hannibal, Dragon Rouge, Les origines, mais aussi l'oublié "Sixième sens" de Michael Mann qui est la toute première adaptation du roman "Dragon Rouge"), il s'agira de nous replacer dans des contextes connus : Will Graham, Chilton, le Dr Bloom, Crawford, Hobbs et bien entendu Hannibal.
Hannibal, le gentleman, le fin gastronome, l'esthète à l'intelligence et à la soif de connaissance sans limites, soif qui le mène à ne plus prendre en compte les barrières éthiques et morales. Le personnage campé ici est très différent d'Anthony Hopkins. Pas de rictus effrayant, de provocations, de sauvagerie. Ici tout est contrôlé, élégant. Si cette orientation tranche avec ce que l'on connaît, ça passe néanmoins. On voit ici Hannibal avant que sa nature n'éclate au grand jour, avec tout son vernis d'humanité.
L'autre atout de la série est Will Graham (joué par Hugh Dancy). Je ne connaissais pas l'acteur auparavant mais il est ici parfait dans son rôle d'inadapté social extrêmement intelligent mais également tourmenté par ses propres problèmes mentaux. Il est en permanence sur le fil, essayant de contenir sa folie et ses visions. Son immersion dans la tête des tueurs frôle le paranormal mais ici aussi le choix passe.
Si les dialogues ne sont pas le fort de la série (souvent réduits à des questionnements psychologiques ou éthiques), c'est dans le visuel que la série montre sa réelle originalité. Tout n'est ici qu'esthétisme, que brouillage entre rêve, fantasme et réalité. Les plats cuisinés par Lecter sont des manuels de cuisine gastronomique. On sait qu'il cuisine de la chair humaine qu'il donne à ses invités, et pourtant nous salivons devant une telle maîtrise de la cuisine.
Les morts n'ont jamais été aussi crues ni autant mises en spectacle. Les pensées des personnages rarement autant retranscrites par des symboles aussi forts, en tout cas pas à la télé.
Enfin, il s'agira pour les habitués de s'abandonner à la trame narrative parfois divergente des longs-métrages afin d'apprécier cette relecture moderne.
En bref, une série que je recommande à tous pour le plein de belles images et de scénarios torturés...à condition de ne pas être trop sensible.