J'imagine qu'après avoir vu deux saisons sur trois, j'ai emmagasiné largement assez d'éléments pour me permettre de donner mon avis sur une série tout à fait brillante d'après moi, mais crue, il faut bien le dire.
Hannibal nous propose de revenir sur les traces du célèbre psychiatre Hannibal Lecter, psychopathe cannibale, à l'époque où il n'est pas encore derrière les barreaux et où il joue au chat et à la souris avec un agent non officiel du FBI, Will Graham, profiler fragile psychologiquement (et on comprend aisément pourquoi, étant donné qu'il se sert de l'empathie particulière qu'il ressent pour les criminels pour remonter jusqu'à eux).
Après les films mondialement connus où Hannibal était campé par l'inoubliable Anthony Hopkins, produire une série qui intéresserait les spectateurs sans tomber dans le piège du réchauffé n'était pas chose simple, et pourtant Bryan Fuller a su relever le défi avec brio.
Il nous offre ici une série totalement noire où la violence est reine, où elle n'est pas cachée, dissimulée, fractionnée. Il s'agit d'une violence qui n'est pas destinée à tous les publics, tout simplement, mais qui fait acte d'une force de vérité impressionnante. Entière et crue, elle plante dès les premiers épisodes le décor de ce que sera Hannibal : une série profondément envoûtante et terriblement noire à la fois, qui plonge le spectateur dans les méandres de l'âme d'un tueur en série particulièrement intelligent et tout à fait unique.
Ce dernier point m'amène donc à considérer la performance de Mads Mikkelsen, acteur au charisme indéniable puisqu'il réussit le pari d'endosser le costume d'Hannibal en créant son propre personnage, bien différent de celui d'Hopkins et pourtant complémentaire. Sa performance, inattendue (je ne le connaissais que pour son rôle du Chiffre dans Casino Royale) m'a tout à fait séduite. Le gros point positif de la série, outre son ambiance, sans aucune fausse note, c'est sa psychologie toute particulière que l'on doit à la présence d'Hannibal : les dialogues sont remarquablement bien construits et intelligents, la série est ponctuée de clins d'oeil et de références bien placés qui démontrent -s'il le fallait encore ! - son niveau culturel.
Tout ça pour dire, finalement, que c'est tout à fait regrettable que la série soit annulée après la troisième saison (que je vais m'empresser de dévorer) même si mieux vaut une série courte et efficace plutôt qu'une série qui s'éternise au risque de perdre tout son panache... Et son mordant.