Heated Rivalry
7.3
Heated Rivalry

Série HBO Max (2025)

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Je ne peux pas m’empêcher d’écrire cette critique avant même la sortie du dernier épisode de la saison 1. Je suis tellement émotionné par cette série que je dois la sortir maintenant, et je la compléterai à la sortie du dernier épisode. (J'y ajouterai peut-être la deuxième saison, qui est d’ores et déjà annoncée.)

Je dois dire que c’est la première fois que je suis autant obsédé par une série. Je ne peux m’empêcher de regarder plusieurs fois, le même jour, chaque épisode à leur sortie respective. J’ai une fixette sur certaines scènes, et je joue leur musique en boucle dans mes écouteurs pour vivre indéfiniment toute cette histoire qui me chamboule tellement. Ce que j’aime le plus dans cette série, c’est que l’histoire, pour une fois dans ce genre d’amour, se fait avec un rythme en années. Les deux personnages principaux sont comme enfermés dans le cycle de compétition du hockey, ce qui rend à la fois l’avancée de leur histoire lente, mais aussi ce qui justifie son unicité. La musique joue un rôle très important dans l’histoire, elle appuie magnifiquement les scènes, jusqu’à ce que toutes ses notes imprègnent notre cerveau de l’histoire qu’elles subliment. Certaines scènes deviennent indissociables de leurs morceaux, et sont comme des souvenirs personnels que je n’ai jamais vécus, et que je veux rejouer en boucle.

Bien évidemment, les acteurs jouent très bien. Ils incarnent parfaitement leurs personnages, et plus le temps passe, plus nous comprenons leurs expressions faciales, au point qu’ils n’aient même plus besoin de parler pour que nous puissions les comprendre. Les dialogues sont très naturels et empruntent parfois une poésie contextuelle. Le jeu des caméras est toujours magnifiquement exécuté et nous montre le plus beau à voir. Les scènes de nudité intime sont très bien amenées : pas trop agressives, assez réalistes, pas intrusives, ni pour le spectateur, ni pour le récit. Enfin, pour le récit, la série parle d’amour homosexuel et elle le fait avec ce qu'il y a de plus beau dans ces amours en fiction : parce qu’aimer devient politique, parce qu’aimer devient un combat ; pour soi, pour l’autre, pour nous, contre le monde.


Le premier épisode est clairement l’introduction des deux personnages principaux, Shane Hollander et Ilya Rozanov. Tous deux joueurs de hockey de la même génération. Shane Hollander, qui a clairement un spectre autistique, est aussi le joueur de hockey le plus intelligent et le plus doué de la compétition. Ilya Rozanov, lui, est celui qui se bat avec la plus grande force acharnée, comme pour trouver une place dans un monde qui n’est pas le sien, hors de son pays, qu’il tente toujours de fuir. Dès leur rencontre, on ressent leur admiration et en à peine dix minutes leur désir l’un pour l’autre. Cette attirance reste pour le moment totalement physique : ce n’est pas un coup de foudre amoureux, mais plus une tension entre deux hommes sous pression, qui retrouvent dans l’autre quelque chose qu’ils cherchent en eux-mêmes. De plus, tout doit rester secret, surtout que les journalistes les opposent et alimente une rivalité pour faire vendre. Dans ce premier épisode, on comprend qu’ils s’attachent rapidement mutuellement, ils grandissent ensemble dans ce nouveau monde et veulent s'aider mutuellement. Par exemple lorsque la barrière de la langue est encore compliquée pour Rozanov lors d’une interview, et que Hollander fait tout pour l’aider discrètement. Ils cachent déjà dans leurs regards et leurs sourires l’admiration qu’ils ont l’un pour l’autre. Mais c’est aussi dans ce premier épisode qu’on voit l’angoisse que peut avoir Hollander par rapport à cette relation, et de l'autre côté comment pour Rozanov, il y a une pression liée à sa famille et à son pays qui l’empêche d’être lui-même.


À partir de l’épisode 2, on peut enfin voir leur romance épistolaire, qui prend la forme d’un flirt plus ou moins abouti par messages. Ils s’évitent encore, même si Rozanov fait tout pour voir Hollander, qui doute beaucoup. Les mois passent, les saisons passent, mais clairement, on peut voir qu’il se forme une relation amicale forte. C’est aussi dans cet épisode qu’apparaissent les premiers instants de tendresse, qui complexifient la nature de leur relation. C’est d'ailleurs à la fin de l’épisode 2 qu’on comprend qu’il est peut-être trop tard, qu’ils ont dépassé le stade de l’amitié, qu'ils sont déjà un peu plus loin.


Le troisième épisode peut sembler totalement incongru quand on le regarde semaine après semaine. Il semble tomber comme un cheveu sur la soupe, alors qu’en réalité, c’est peut-être l’épisode qui a le plus d’importance capitale pour la suite. On y découvre l’importance des personnages secondaires, notamment Hunter, un joueur de hockey beaucoup plus expérimenté et ancien, qui cache lui aussi ses secrets amoureux. Dans cet épisode, on peut y voir une histoire d’amour très mignonne, très romantique, très agréable, qu’il vit avec Christopher (Kit). Et en même temps tous les secrets qu'ils doivent subir à cause de ce monde sportif. L'épisode se termine avec un goût amer en bouche. Ça a été l’épisode que j’ai le moins apprécié dans ma lecture, mais il me fallait la suite pour comprendre toute l’importance qu’il révèle, et à quel point il structure ensuite la série tout entière.


Le quatrième épisode était, avant que je voie le cinquième, mon épisode préféré. Il est l’épisode du moment où Hollander et Rozanov sont tombés amoureux. Celui où, petit à petit, ils arrivent au stade où il n’y a plus de retour possible. On y voit leur temps passer ensemble, à quel point ils deviennent de plus en plus obsédés l’un par l’autre. Ils se voient davantage, se parlent davantage, se comprennent de mieux en mieux, et prennent de plus en plus de place dans la vie compliquée de l’autre. On y voit un visage beaucoup plus doux d’Ilya Rozanov qui se demande peut-être inconsciemment s’il ne pourrait pas y avoir une relation amoureuse. Mais on y voit aussi à quel point c’est compliqué pour Shane, qui vit une vraie gaypanic. Jusqu’au moment où, pour eux, le simple fait de prononcer leur prénom respectif, au lieu de leur nom de famille, équivaut à un « je t’aime ». La venue de Rose aide énormément Hollander à mieux comprendre qui il est, tout en restant une alliée fidèle. La scène de la discothèque m’a hanté pendant une semaine. Je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter en boucle le titre de t.A.T.u., qui m’obsédait déjà à l’adolescence.


L’épisode 5 est la suite directe de l’épisode 4, et dépasse absolument toutes mes espérances. C’est l’épisode parfait par essence. C’est le début de leur amour. La première fois qu’ils se l’avouent ; la première fois où ils s’autorisent à le vivre ensemble ; où ils osent espérer, un jour, s’aimer à la lumière du jour. C’est la première fois qu’on les voit vraiment s’aimer ; parler d’autre chose que du sport ; parler d’eux, de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils espèrent ; de leurs peurs et de leurs vulnérabilités. De la vulnérabilité de Shane face à sa sexualité. De celle d’Ilya face à sa famille. Ils ont leurs problématiques, mais ils veulent les affronter ensemble, se protéger mutuellement, prendre soin de l’autre. C’est fini : ils ne s’appellent plus avec distance par leur nom de famille. Ils changent leur intonation ; ils se charrient, se font jalouser. Ils sont un couple heureux, même s'ils sont cachés. Et c’est grâce à Hunter que tout bascule, puisqu’il décide de dévoiler au monde son amoureux Christopher (3 ans après l'épisode 3). Je trouve que c’est peut-être une des plus belles prises de position que j’aie vues pour une série. On a l’habitude de dire que la représentation est importante pour les minorités représentées ; dans cette série, on peut voir l'effet direct de ces gestes politiques sur les personnages de la série eux-mêmes (méta un peu). On peut voir à quel point un simple geste peut donner de l’espoir et ouvrir la voie à une génération tout entière. En plus, l’épisode se conclut avec une phrase d’Ilya, d’une poésie contextuelle absolue : tellement belle que Shane pourrait se la tatouer sur la peau.

(Suite avec l’épisode suivant, la semaine prochaine.)


(26/12/2025) Episode 6

Moi qui pensais que la perfection, ne pouvait qu'exister qu'une seule fois, je me suis trompé. C'est la révélation. La révélation de leur amour l'un pour l'autre. La révélation de leur envie d'avoir un futur ensemble, de sa compexité, mais aussi le début de la révélation de leur secret. C'est un épisode qui joue avec des sentiments mixtes, la joie, le soulagement mais il reste toujours la douceur malgré aussi la peur. Le choix de la douceur après tant d'intensivité est tout aussi terrifiant que la vérité qu'il apporte. C'est terrifiant quand tout peut aller si vite, à qui attend bien trop longtemps. C'est terrifiant quand, malgré tout ce qui a été fait, il y a tant à faire. Mais Shane et Ilya essaient de tout affronter en douceur : la douce peur d'avouer son amour, la douce peur de perdre celui qu'on aime, la douce peur de perdre sa famille, la douce peur d'être soi, (la douceur de faire l'amour aussi). Shane rêvait d'une semaine calme (pour une fois) avec Ilya, il l’a eue ; mais il a aussi vécu son pire cauchemar. Sauf qu’il n’est plus seul. Ilya est là et il n’a plus peur, Ilya n’a plus peur de prononcer son prénom, de lui avouer son amour (en anglais et encore une fois en premier). Il sera aussi le premier à se battre pour Shane, le premier à faire des sacrifices, le premier à le protéger. Qu’il ne leur reste qu’une seule chose, le plus beau de la vie, sa douceur.


J'aimerais conclure en disant que cette série est vraiment admirablement bien traitée et parfaite en de nombreux points. Que la montée de la puissance à travers les épisodes est extrêmement bien maîtrisée. Que sa fin est un vrai accomplissement qui mérite bien évidemment une deuxième saison mais qui, en une seule, a fait énormément. Je l'ai apprécié dès le premier épisode, je n'ai certainement pas été déçu par sa fin. Ma douce peur est finalement d'attendre encore un an et demi ou plus pour avoir la suite. (Je pense que je ne tiendrai pas, je vais lire les livres.) J'ai adoré voir la beauté sous mes yeux, la beauté des corps, la beauté des amours, la beauté des sentiments, la beauté des peurs, la beauté de l'acceptation, la beauté de la résiliation, la beauté de la vie.

Finir sur l'intimité que procure le chalet, seuls face à la nature, où tout est calme, tout est paisible ; où rien ne semble pouvoir nous atteindre est vraiment un très bon choix.

J'aimerais aussi parler de la place des autres dans cette série, de ceux qui nous accompagnent, notamment ici à travers les femmes : les mères, les amis, les proches, qui font tout dans cette série pour les aider, tous les deux, à affronter leurs plus grandes peurs et pour qu'enfin ils puissent être heureux. Les autres ne sont pas toujours ceux qui nous empêchent d’être heureux, ils sont aussi ceux qui y contribuent. Laissons-nous être heureux, pour Shane et Ilya.

(See you next season, as they say)

Dlse
10
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Créée

le 21 déc. 2025

Modifiée

le 26 déc. 2025

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