Heated Rivalry
7.3
Heated Rivalry

Série HBO Max (2025)

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Succès surprise de la fin d'année 2025, d'abord sur la plate forme Crave au Canada puis sur HBO Max aux USA, "Heated Rivalry" n'avait pas grand chose pour elle sur le papier. Adapté des romans de Rachel Reid, le pitch reprend un cliché éculé de la romance (deux adversaires sur le terrain tombent secrètement amoureux) et ressemblait à une énième adaptation d'une fan fic moisie pour adolescentes en fleur. En réalité, la série de romans appartient plutôt au genre de la littérature érotique puisqu'elle propose des scènes de sexes plus ou moins explicites, argument de vente des bouquins. Pensez à une espèce de "50 Nuances de Grey" sans l'aspect BDSM. Ce qui ne rendait pas le projet plus attirant.


Le résultat est donc d'autant plus une bonne surprise qu'il s'avère étonnamment regardable. Et cette réussite, on la doit à des raisons très précises.

D'abord à Jacob Tierney, créateur de la série, scénariste et réalisateur de tous les épisodes. Pas très connu sous nos latitudes, le garçon a abattu un boulot qui force les respect. La production, déjà, est très classe. Pour une série à petit budget, le résultat est bluffant et la série pourrait donner des leçons de gestion de l'argent à d'autres grosses prods. La photographie est superbe, il y a un gros travail sur les décors et il y a aussi beaucoup de rythme : l'idée d'étaler l'intrigue sur plusieurs années (là où elle est plus resserrée dans les romans) y contribue. Alors certes, cette première saison ne s'étale que sur 6 épisodes donc on imagine que Tierney n'avait pas le temps de niaiser comme on dit, mais quand même, on ne se fait jamais chier, il n'y a pas de longueurs.


L'autre raison de la réussite, c'est son casting et surtout son duo d'acteurs principaux, notamment Connor Storie, la révélation du show. Ce n'est pas un hasard si sa popularité a explosé sur les réseaux sociaux : sa performance dans le rôle du russe Ilya Rozanov est impressionnante. Les fans ont d'ailleurs été choquée en le voyant au naturel et en constatant le fossé avec son personnage dans la série. Il faut dire que le jeune homme à pris son rôle très au sérieux, passant plusieurs mois à travailler son accent Russe (au point de réussir à faire croire aux gens qu'il était totalement bilingue). C'est donc un juste retour des choses pour Storie, qui a démontré son professionnalisme alors qu'il aurait pu prendre tout ça à la légère (on parle d'une série à petit budget qui s'apparente à une romance érotique, qui pouvait prédire qu'elle deviendrait un hit?). Sa carrière va sûrement décoller et ce ne sera que justice. Son comparse Hudson Williams marque moins les esprits mais il faut dire que son personnage est moins exhubérant et a donc moins l'occasion d'être démonstratif.

Autre fait notable autour de la série : il y a des passages intégralement en Russe (sous titrés en anglais), ce qui est presque un miracle pour une série outre-atlantique.


Malgré toutes ces qualités, la série ne peut faire oublier la nature des romans qui lui servent de base. Elle reste une romance qui véhicule des clichés vieillots. On se retrouve à nouveau avec deux personnages opposés, un blond et un brun, un Américain et un Russe, un type arrogant et bravache et un autre réservé et presque autiste. On se retrouve à nouveau avec des personnages gays qui se cachent et s'aiment en secret. Ça n'a rien de vraiment frais et novateur. On est en 2026, des personnages LGBT emancipateurs et modernes on en a eu; peu mais il y en a eu : Queer as Folk, Skins, How To Get Away With Murder... J'ai envie de voir autre chose que des types qui s'aiment en secret.


La série a beau proposer de nombreuses scènes de sexe gay, rien n'est réaliste de ce côté là. Comme toutes les romances LGBT écrites par des femmes cis, "Heated Rivalry" calque la dynamique des couples hétéros sur des personnages gays. Vous avez un personnage masculin et un personnage qui endosse un rôle féminin. Et Jacob Tierney a beau avoir réussi à apporter un contrepoint masculin, les scènes de sexe trahissent un point de vue féminin, elle ne sont pas réalistes une seule seconde. Pas plus que la dynamique entre les deux garçons. La série et les romans restent des objets de fantasmes pour un public féminin et hétéro et c'est d'ailleurs principalement ce public qui a encensé la série, la communauté LGBT a été un peu plus critique.


Et pour cause. Outre l'absence totale de réalisme, la série reproduit des stéréotypes problématiques en 2026 : on reste sur des physiques très bodybuildés et sur une absence de diversité (dans tous les domaines). Shane récupère évidemment le rôle du passif, parce que bien évidemment le passif est toujours le mec timide et réservé. Les scènes de sexe n'apportent d'ailleurs pas grand chose et reste des objets de fantasmes féminins. Le public gay et masculin se fiche de ce genre de truc : non seulement il connaît ça personnellement et le porno gay restera toujours plus excitant. Ce qui ne veut pas dire que la série ne pouvait pas rendre ce genre de scènes attrayante pour ce public, il n'y a d'ailleurs pas forcément besoin d'être explicite pour susciter l'intérêt, mais la série n'y parvient jamais. De façon paradoxale, c'est justement les scènes les plus tendres qui sont les plus réussies (la confession d'Ilya en Russe dans l'épisode 5 est un grand moment d'émotion).


La digression de l'épisode 3 qui se concentre sur le personnage secondaire de Scott Hunter est peut être encore pire. Sa romance avec le barista est non seulement inutile mais encore plus cliché que le reste. Kip, le personnage dont il tombe amoureux, est le pire personnage de la série, le genre de truc qu'on a plus envie de voir aujourd'hui. Impossible de croire une seule seconde à une relation aussi fade. Sa romance n'a vraiment aucun intérêt.

Dans le même ordre d'idée, le dernière épisode est assez chiant et n'a plus grand chose à raconter, laissant augurer le pire pour le futur. La série elle même n'a pas grand chose à raconter sur l'homophobie dans le sport et se borne à être une romance assez creuse, sauvé par son casting (ce qui a tendance à être de plus en plus souvent le cas).


On peut donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Si la série de révèle plutôt soignée dans la forme et divertissante, elle n'en reste pas moins un truc qui véhicule beaucoup de clichés qu'on aimerait bien voir disparaitre. La communauté LGBT mérite des programmes et des personnages un peu plus émancipateurs. Dans cette catégorie, on préférera la série Australienne "Invisible Boys", bien meilleure en terme d'écriture et de pertinence et plus moderne aussi.


DocteurBenway
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le 8 mars 2026

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