Sortie la même année que Broadchurch et Shetland, Hinterland appartient bien à cette famille de polars noirs britanniques qui semblent sponsorisés par les agences touristiques d'une région : la côte du Dorset pour Broadchurch, les îles éponymes pour Shetland, le pays de Galles pour Hinterland et pour Hidden. Soit un décor plus ou moins sauvage, mais toujours bucolique, des habitants avec un accent bien d'chez eux, un policier parfois débarqué, comme Broadchurch ou Hidden, de préférence de la ville, parfois très implanté comme dans Shetland, mais toujours divorcé, séparé, veuf, avec souvent un drame passé, qui les a fait échouer ici.
Hinterland n'a donc rien d'original, ni dans ses personnages ni par ses thèmes : Tom Mathias, commandant de police dépressif, qui court pour oublier son deuil, comme la mère de Dany dans Broadchurch, débarque dans la ville d'Aberystwyth (vous le prononcez comme vous le voulez) et doit tout de suite résoudre un meurtre bien sanglant, qui sera suivi de quelques autres, tournant souvent autour d'une enfance ravagée, comme l'épisode pilote qui remonte la piste d'un foyer tortionnaire. Des rapts, des crimes crapuleux, des divorces avec enlèvements d'enfants, bref, la routine sordide et sans embellissements des villes moyennes de province , où la délinquance est plutôt du ressort des services sociaux que des unités contre le grand banditisme.
Les acteurs secondaires ont de bonnes trognes du coin, avec un joli accent (il fut même tourné simultanément une version en gallois). Par contre, ceux qui incarnent les personnages principaux ont une fâcheuse tendance au statisme, avec des temps immobiles et des regards fixes qui doivent nous indiquer qu'ils réfléchissent, mais qui leur donnent surtout l'air d'avoir été temporairement débranchés. Ainsi, Mali Harries ('inspecteur Mared Rhys), a une façon particulière de rester bras ballants, bouche ouverte et l'oeil rond, la faisant ressembler à une poule à qui on aurait demandé de couver un œuf d'autruche. Et quand elle s'anime dans un interrogatoire, c'est avec le tact et la délicatesse de Saga Norén dans Broen. Le plus intéressant de l'équipe est le Superintendent Brian Prosser, qu'on ne voit jamais faire autre chose dans les bureaux que les inspecteurs des travaux finis ou en cours, mais qui le fait avec une dignité majestueuse de sénateur. Jusqu'au bout ambigu dans ses rapports avec Mathias, c'est l'énigme qu'il incarne qui tend toute l'histoire, avec un dénouement, dans la troisième saison, peut-être un peu faiblard, mais Aneirin Hughes réussit, dans une belle performance, à incarner la métamorphose de son personnage, avec une humanité tragique qui déchire le masque impassible et froid qui avait été le siien tout du long.
Bref, une série de bonne qualité, sans le talent d'un David Tennant ou d'une Olivia Colman, mais avec une histoire qui tient bien sur trois saisons (alors qu'on peut se passer du volet III de Broadchurch). À savoir : Manon (Sian Reese-Williams), tenancière d'un hôtel peu fréquenté, qui a une liaison avec le commandant Tom Mathias, prendra du grade cinq ans plus tard en devenant la DI Cadi John de Hidden, toujours au pays de Galles, là encore tourné dans les deux langues.