Bon, j'avais vu Kaamelott quelques fois par hasard mais n'avais pas accroché. Puis j'avais découvert un panel de fans de Kaamelott, représenté par un troupeau de bruyants individus et j'ai pu observer ces drôles d'animaux ainsi que le mystérieux phénomène qui opère sur eux.
S'il y a bien des groupes plus bruyants que les indépendantistes bretons, ce sont bien les fans de Kaamelott, d'autres critiques l'auront remarqué. Et, effectivement, c'est de notoriété publique, le fan de Kaamelott, une fois lancé, ne s'exprime plus que par phrases extraites de sa série fétiche, incapable qu'il est de formuler ses propres pensées. C'est un peu une série pour handicapés mentaux, en fait.
Le fan de Kaamelott laisse dans son sillage une très mauvaise image de lui-même, et sans s'en rendre compte, ou alors il s'en fout, satisfait qu'il est d'être lui-même.
Surtout que ces bruyants fans que j'ai croisés au lycée étaient des bullys (l'usage de cet imparfait n'est là que pour l'accord grammatical, cet imparfait a valeur de présent de vérité générale), des bullys braves en groupe, mais qui soudainement se la ferment une fois isolés, des bullys au comportement atavique d'un désolant lieu commun. Donc, j'évite de côtoyer le fan de Kaamelott, tout comme j'évite autant que possible le fan de War Hammer 40K, le joueur de Magic The Gathering ou le fan du Seigneur des Anneaux.
J'ai dû attendre l'apparition de la série sur Youtube pour en voir toutes les saisons.
Déjà, la série en elle-même. Arthur Pendragon, roi d'Angleterre, doit trouver le Graal. Il a été investi de cette mission par les dieux qui lui parlent par l'intermédiaire de la Dame du Lac, et cette Dame du Lac lui apparaît exclusivement (du moins au début).
Arthur Pendragon n'est pas aidé par son entourage, étant donné qu'il est le seul élément fonctionnel de tout le pays sur lequel il gouverne (rien que ça).
Niveau moeurs, Arthur a sa reine, mais il a aussi de très nombreuses maîtresses, ce qui flatte par procuration le fan de base. Pour certains fans bien bruyants, on est pas loin de l'incel avant que le mot n'existe (d'ailleurs, je n'aime pas ce mot, mais je l'emploie ici faute de mieux).
On a ici une série qui s'adresse aux enfants-rois et qui procure à ces enfants-rois le succès sessuel par procuration, donc une série pour les adultes encore enfants à qui tout est dû, y compris le succès sexuel, d'où l'aspect "incellisant" de la série (j'aime toujours pas ce mot).
Les Doltoïstes doivent jubiler de réaliser qu'ils ont toujours eu raison.
Aussi, le thème de l'enfant-roi est une thématique fondatrice de certaines religions patriarcales, ce qui coïncide avec le motif évangélisateur de la légende arthurienne.
En fait, ce sont les religions patriarcales les vrais trucs d'incel, maintenant que j'y pense. Et les religions matriarcales les vrais trucs d'incelle.
La mise en scène relève du théâtre. Chaque épisode montre un décor, parfois deux, rarement trois, au sein duquel/desquels les personnages interagissent, mettant ainsi l'emphase sur les personnages et leurs interactions.
Ces interactions eussent été intéressantes si les personnages secondaires, c'est à dire tous sauf le roi, n'avaient pas été développés de façon à ce qu'ils ne fassent pas de l'ombre au roi.
Et c'est bien dommage, parce que les acteurs sont bons, il y a de nombreux professionnels, mais leurs rôles les mettent rarement en avant, leurs rôles sont rarement flatteurs.
Ainsi les fans les plus bruyants sont éberlués quand lors d'une interview, ils découvrent que non, l'acteur qui joue Caradoc n'est pas con comme une pierre.
Niveau acteurs, on a la famille Astier au centre, et les autres acteurs autour.
À l'écriture, c'est Alexandre Astier.
Alors pour résumer on a, Alexandre Astier écrit, Alexandre Astier joue le personnage central, Alexandre Astier est le roi sur la scène et dans les coulisses, Alexandre Astier crée des rôles dégradants pour avoir le dernier mot sur ces personnages ainsi créés, Alexandre Astier ne développe les autres personnages que par nécessité narrative, Alexandre Astier se flatte à travers son rôle, Alexandre Astier fait jouer sa famille au centre de l'appareil scénaristique et lui attribue des rôles dégradants, alors oui, on a ouvertement un cas d'enfant-roi.
Le rôle du roi ressemble très fort à du Gary Stu. Surtout qu'en plus, les dieux lui ont prédit sa mort. Il est trop parfait comme roi, il a choppé l'épée magique qui lui donne la toute-puissance sans effort, il est le seul être sensé de tout le royaume, tout gravite autour de sa petite personne, et il doit mourrir à la fin, sans doute trop parfait, trop progressiste pour ce monde.
Et les quelques traumas que le roi est censé avoir subi chez les Romains n'ont pas trop laissé de traces, ça va, il a tout digéré ses traumatismes sans trop d'effort. Pour tenter de teinter le tableau, le roi est censé avoir souffert durant son enfance, mais ce sont des souffrances d'apparat.
Autre remarque : putain, ça gueule. Comme dans Les Visiteurs. Film que j'ai descendu en règle. Et ça râle constamment. Ce qui enlève au capital sympathie.
L'humour, parlons-en, il ne fait pas rire. Alors on ressent bien la volonté de faire un Monty Python à la française, mais vraiment, il n'y a aucun surréalisme, ni aucun humour absurde, ni aucune réelle caricature, Alexandre Astier se prend quand même beaucoup au sérieux. Parfois, certaines remarques font un peu sourire, voire mouchent, c'est sûr, à force de tirer dans tous les sens, au bout d'un moment, ça réussit à atteindre la cible. Sinon, c'est toujours des blagues dégrandantes envers des rôles dégradants. Holy Grail a sans doute provoqué la création de cette série, bon, on a vu mieux comme motivation que de s'inspirer d'une seule oeuvre pour créer quelque chose qui occupe un pan entier de sa propre carrière de comédien et scénariste.
Le rythme est dynamique, ça, par contre, on ne peut pas l'enlever.
Mais le roi, s'il se prend pour un type sympa, reste plutôt désagréable à côtoyer et la série permet à Astier de mettre en avant ses succès dans les conquêtes. Bravo à lui. Il évoque avec nostalgie ses moeurs lyonnaises. D'un autre côté, ça fait pas de mal de voir un personnage mâle un peu dégourdi, pas trop concon au sujet de la bagatelle, même si ses limites arrivent vite.
Aussi, Astier fait partie de ces citadins qui crachent leur mépris envers le monde agricole, qui les nourrit, littéralement. Et la bouffe est importante chez Kaamelott. Alors cela ajoute encore plus d'ingratitude au tableau d'ensemble.
Bon, sinon la série se démarque un peu dans le paysage des séries françaises par son aspect moins gentillet, avec ses expressions, ses injures. Ça défoule un peu. Et puis, c'est pas mal de désacraliser le récit arthurien par le burlesque. Mais bon, le propos reste très limité.
Au final tout ça donne une somme assez moyenne, d'où la note.