En résumé : À voir pour sortir de votre zone de confort.
Après un premier épisode qui nous a laissé un peu dehors, la série s'est fait une place dans nos cœurs et a creusé son chemin, épisode après épisode, au plus profond de notre intimité.
Je ne vais pas vraiment éventer la série mais je vais donner des éléments d'appréciation qui pourraient vous gâcher le plaisir de la découverte. Mon meilleur conseil serait que vous tentiez l’expérience pour ne lire à son sujet qu’ensuite… sauf si vous avez été victimes d’abus, c’est à réfléchir, j’imagine que ça peut-être supportable, voire thérapeutique, pour certain-e-s et trop violent pour d’autres.
On a pour habitude à la maison d'éviter d'enfiler tous les épisodes d'une série mais on en fait au moins deux par soirée. C'est plus pour distiller notre plaisir que par une incapacité à être des patates de canapé. C'est la première fois qu'une série nous impose son rythme. Impossible d'en voir plus d'un par soir et il a même fallu qu'on saute un jour entre chaque épisode tellement c'était dense émotionnellement.
La grande qualité de la série c’est d’avoir investit avec autant d’intensité chacune des trois époques. Il me semble que dans ce genre d’exercice l’erreur soit souvent de vouloir raconter le passé pour justifier du présent et, ce faisant, de rendre l’une ou l’autre des lignes temporelles anecdotiques. Rien de tout ça ici, chaque époque est une expérience en soi en plus d’expliquer l’ensemble. De la synergie en somme.
Les acteurs enfants sont tous incroyables et c’est souvent ce qui enlève le morceau à mes yeux (comme les enfants chez Ruben Östlund ou Andreï Zviaguintsev par exemple). Quand ils sont ne serais-ce que médiocres, l’œuvre perd rapidement en crédibilité. Les trois versions de la mère sont épuisantes, la fille principale sublime au travers de chacune de ses actrices, le pauvre garçon à sa maman trois fois éperdument perdu. Pour une fois l’affiche résume assez bien la série : une œuvre chorale où chaque époque est réussie, intense, épuisante, folle, triste et mélancolique.
La musique est extrêmement adaptée, touchante, grinçante. Si la façon de filmer n’est pas toujours aussi délirante que le label « dignes successeurs d’Almodovar et de la Movida » peut le laisser penser, il y a quelques morceaux de bravoure dont l’incroyable passage sous kétamine qui, à mon avis, est celui qui se laisse revoir tant il peut avoir plus de sens quand on a déjà vu l’ensemble (en plus d’être génial en soi).
La série n’est pas sans défauts (j’ai eu du mal avec la transition de la mère jeune à femme au foyer avant de me laisser faire par ce qu’on suppose de logique en dessous). Il y a des lenteurs, des excès, une envie que le garçon s’en sorte autrement. Mais on a embrassé le résultat comme tel et j’assume cette note à 10. L’expérience qui est restée avec nous pendant des jours et des jours après la fin de la série, le mérite.
Pas de grand trauma dans notre famille mais quand on est bien nombreux, il y a toujours quelques histoires qui traînent et une telle série, en dehors de l’empathie quelle peut provoquer, a de quoi toucher à des recoins personnels endormis et oubliés.
Ayant revu « Mysterious Skin » il y a peu, on savait où allait une partie de l’histoire mais ça n’a rien gâché non plus. On ne voit pas venir tout de suite les abus de la mère et son inceste mental qui dépassent de toutes façons l’horreur de l’extraterrestre.
On a beaucoup pleuré dans les derniers épisodes et si c’est quelque chose que je fais facilement, de la part de mon mari, c’est assez rare pour le souligner. Mais prenez votre courage à deux mains et regardez cette série, beaucoup de choses sur l’humanité sont dites au travers des différents choix des personnages. Les intentions des auteurs sont d’ailleurs réussies : « Nous parlons de l’expérience de l’enfermement, de la pulsion rebelle et du désir de s’échapper, mais aussi de la peur de ce qui va se passer quand on se libère. Sans l’être explicitement, c’est notre série la plus LGBT. » Globalement, la présentation d’Arte rend bien justice à cette série.
On pourrait pousser l’analyse en parlant de la chape du franquisme et du catholicisme (niveau Opus Dei, la série assure à mort, on a vraiment oublié ce que c’était encore dans les années 90) mais ce serait dommageable et réducteur pour cette série qui en dit tant. Alors venez, et voyez, comme dirait l’autre.
Vu 1 fois
9.5/10
_