Voilà donc comment le Service Public célèbre les trente ans de la disparition du dernier des socialistes.
A vrai dire, je ne suis même plus étonné.
Je choisirai de saluer le grand écart exécuté avec une certaine classe par Denis Podalydès, qui s'empare du personnage après avoir incarné Sarkozy, de l'autre côté du spectre, dans La Conquête. Toujours avec une petite pointe d'imitation dans la voix.
Tandis que Mitterrand Confidentiel, qui s'inscrit tout d'abord dans un flashback historique, sombre peu à peu dès la moitié de l'entreprise, dans un ennui de plus en plus poli mêlé d'une certaine dose de torpeur, voire de lente agonie, à l'image du personnage, de son règne, et surtout, de l'enterrement de première classe de sa famille politique.
Le pire, c'est que la série se pare de l'adjectif « confidentiel » tout en réussissant l'exploit de n'apprendre absolument rien à son public sur François Mitterrand. Pire, peut-être, le Service Public retranche et s'échine à effacer toute l'ambiguïté de l'homme et de sa fonction, tout en s'intéressant beaucoup plus à son intime et au martyr de sa maladie.
Et encore, dès lors que l'on choisit délibérément de faire l'impasse sur nombre d'autres femmes et relations adultérines parallèles, la série réduit singulièrement son horizon à un ménage à trois des plus communs et à un enfant caché, dans des séquences visant au quotidien et à humaniser Mitterrand.
Sauf que non, à bien y réfléchir. Car certaines scènes, au contraire, apparaissent finalement assez dérisoires, gommant immédiatement l'aura de l'animal politique qu'il était.
Gommant aussi sa grandeur à l'international, tout comme son côté hautement machiavélique. Sortant le personnage des ombres qui l'entourent. En s'abstenant de s'emparer de certaines affaires, en évoquant d'autres seulement du bout des lèvres, faisant l'impasse sur pas mal de nids de poule de son règne, comme la disparition de Pierre Bérégovoy et son attitude duplique lors de ses obsèques.
Au point de se demander, à la fin de cette mini-série qui a dévitalisé son personnage principal quatre épisodes durant, ce qu'il reste de la figure de François Mitterrand, vue par le Service Public, trente ans plus tard.
Pas grand chose, au final, si l'on se contente que du prisme de cette œuvre, en forme de kaléidoscope à peine esquissé d'une époque politique pourtant riche, des détestations et des affrontements au sein du groupe socialiste.
En forme d'une expéditive scène de théâtre, où les figures majeures apparaissent fugaces, ou encore tout simplement évacuées par une simple ligne de dialogue.
Que reste-t-il, si ce n'est que quelques pages papier glacé d'une revue comme Point de Vue, ou France Dimanche, qui s'intéressaient bien plus à la vie privée de l'homme, ses frasques et ses secrets gardés jalousement et financés à grands frais par la République ?
C'est quand même un comble qu'une série sur un tel personnage paraisse, en 2026, aussi insipide et peu intéressante. Une sorte de gâchis alors que le carburant ne manquait pas, encore moins tout le romanesque d'un homme, sa duplicité et son appréhension du pouvoir.
Avec ce Mitterrand Confidentiel, le roman du pouvoir se limite désormais à un triste livre d'images inoffensives.
Behind_the_Mask, qui se perd dans les méandres de l'Elysée.