Sous couvert d’« histoire vraie », la série invente, déforme et amalgame, jusqu’à transformer Gein en serial killer hollywoodien, ce qu’il n’a jamais été. Crimes ajoutés, psychologie fantasmée, suspense artificiel, la réalité est constamment tordue pour rentrer dans un moule sensationnaliste, sans rigueur historique ni honnêteté intellectuelle. On ne comprend rien de plus, on consomme simplement de l’horreur prémâchée.
Mais le plus grave n’est pas là. Monster mélange tout sans jamais distinguer, pathologie individuelle, psychiatrie approximative utilisée comme explication magique, violence sociale, et parallèles douteux avec la transidentité, notamment via des échos malvenus à Christine Jorgensen. Ce type de rapprochement recycle des clichés dangereux, insinuant une continuité entre confusion de genre, pathologie et violence, là où il n’y a historiquement et politiquement aucun lien. La série va jusqu’à convoquer des comparaisons avec les camps de la mort, utilisées comme simple choc symbolique, écrasant la spécificité historique de la Shoah et réduisant la banalité du mal à un slogan vide.
À force de tout faire résonner avec tout, Monster produit une bouillie idéologique pour neurones paresseux, où plus rien n’a de sens. L’Histoire devient un décor interchangeable, les luttes contemporaines des accessoires narratifs, et la souffrance un carburant émotionnel. Ce n’est plus du true crime, c’est une exploitation confuse de symboles lourds, sans responsabilité politique ni morale.
Ironiquement, Massacre à la tronçonneuse, pourtant fiction assumée, se montre bien plus lucide sur la violence, notamment dans son parallèle entre mise à mort humaine et abattoirs, là où Monster se contente d’empiler des horreurs sans jamais les penser. Quand une fiction comprend mieux le réel qu’une série qui prétend le raconter, il y a un sérieux problème.