Je ne regarde pas de séries. La plupart du temps, je n'aime pas assez ça pour aller au bout. Mais j'avoue que le nom de Satoshi Kon contribuait à m'inrtiguer.
Et effectivement, Paranoïa agent ne manque pas d'intérêt, c'est certain. Nous y suivons les exactions d'un personnages mythique, le garçon à la batte.
Cela commence par un générique avec une musique très agressive, où les personnages de la série, manifestement possédés par Satan, sont animés à la façon des horreurs qu'on met parfois dans les voitures.
Et puis démarre un thriller un brin fantastique. Nous y suivons différents personnages qui ont maille à partir avec ce mystérieux gamin à la batte. On comprend vite que c'est surtout un prétexte pour ausculter les failles de la société japonaise.
Et ensuite, il y a un sacré ventre mou dans la série. Les six épisodes du milieu, ce n'est jamais plus que ça, chaque épisode prend un aspect de la société japonaise, et greffe cette histoire de gamin à la batte dessus.
C'est que pour Satoshi Kon, ce qu'il y a de plus mystérieux, c'est l'être humain. Paranoïa agent permet ainsi de faire le lien entre tous ses films. Par exemple, dans Millenium actress, l'histoire du cinéma est vue, comme l'indique le titre, par le prisme d'une actrice. En intercalant les extraits de film avec la vie personnelle de l'actrice, on n'est finalement pas loin de Paranoïa Agent : l'esprit humain est tel qu'il a le don de rendre réel ses imaginations.
Paranoïa Agent entrelace ainsi différents niveaux de réalité. On sait le don de Satoshi Kon pour les transparences et les raccords virtuoses : son univers est une mosaïque, un mille-feuille où ce qu'on pense être la réalité n'est qu'une strate parmi d'autres.
La série passionne de prime abord. Et retombe sur ses pattes lors des deux derniers épisodes. Alors qu'un policier dépassé par la modernité retrouve le monde du passé, même si ce ne sont que des décors où gravitent des personnages en 2D, l'émotion advient enfin.
Et Satoshi Kon de délivrer enfin son message clairement : le Japon, devenu trop rapidement un "état moderne", l'a fait au détriment du bonheur de ses habitants. Pour autant, c'est bien dans le Japon moderne que les personnages vivent, et ils doivent l'accepter s'ils espèrent qu'un jour les choses évoluent.
En une dernière pirouette, la série se replie sur elle-même tel un ouroboros : la fin n'est que le début, car le mal-être dont la série se fait le porte-parole n'est pas seulement le fait des marginaux. Il touche tout le monde.