Un passé traumatisant ; New York années 30 sous la prohibition ; la mafia règne sur le pouvoir d’un maire corrompu. Le décor est planté et on comprend mieux l’extrait du film avec James Cagney interprétant le rôle d’un policier luttant contre la corruption (« Great Guy », 1936). Ne soyez pas surpris j’ai fait des recherches sur internet pour identifier l’extrait car modestement je connaissais J Cagney, une « gueule » du cinéma américain et plus particulièrement des policiers noirs mais plus le film. Et voilà donc que l’artiste Nicolas Cage reprend les mimiques de J. Cagney, H Bogart pour jouer ce Spider Black, fan de ciné qui connaît par cœur les répliques des films. Mais c’est un héros vieillissant, fatigué et désabusé [ne serait-ce pas le portrait psy de Bogart dans « le faucon maltais » ?] qui se cache sous les traits de Ben Reilly, un détective cynique et intelligent, plutôt solitaire, souvent à court d’argent, qui évolue dans un New York corrompu. Mais il peut être aussi colérique, nerveux et mordant que pouvaient l’être les gangsters que J Cagney interprétait. Notre héros peut réfléchir très très rapidement, analyser une situation critique très très vite et réagir tout aussi prestement. Et pourtant il ne cesse d’être sans illusions, pragmatique (quoique jamais assez selon sa secrétaire), un dur à cuire qui, le temps passant, n’a pas le cuir aussi épais qu’il le voudrait. Ce détective / Spider Black est l’archétype de l’enquêteur du cinéma noir américain. Et puis il y a toutes les références visuelles : le cadrage et les perspectives façon DC Comic / Marvel, la noirceur et le pessimisme façon Batman, tout comme la ville. La merveilleuse stylisation des décors ne reproduit pas une réalité. Bien sûr on retrouve certaines caractéristiques codifiées : la pluie et les rues humides, les enseignes lumineuses, le brouillard, les stores vénitiens du bureau de notre détective, etc. sans oublier les contrastes entre la lumière et l’obscurité. Mais on reconnaît aussi l’univers bande dessinée : la perspective crée des bâtiments beaucoup plus hauts et écrasants, les rues et ruelles interminables semblent beaucoup plus étroites, les ombres vraiment très sombres découpent l’espace comme des vignettes de BD, bref ce sont des espaces créés pour des ambiances plutôt que pour la vraisemblance. La référence à Batman dans Gotham semble évidente et pourtant, étant fan de Nicolas Cage, j’ai repensé à un reportage dans lequel il parlait d’expressionnisme allemand et notamment de l’univers de « the cabinet of dr Caligari ». Ce long passage pour dire que j’ai adoré la photo, les décors, l’urbanisation, la façon dont est représentée la ville qui semble familière et irréelle à la fois. Et c’est dans cette ville stylisée à merveille que Nicolas Cage évolue et développe tout son art.
Bien sûr il s'agit bien de résoudre une enquête et il faut des acolytes. Je retiendrais la secrétaire, magnifique personnage loin des codes du film noir américain quoique : Janet (interprétée par Karen Rodriguez) est l’archétype de la secrétaire, efficace, très mais très pragmatique, beaucoup plus lucide que notre héros détective (prisonnier de cauchemars) et parfois sarcastique. Elle est la confidente du super héros et point …pas de relation amoureuse donc c’est une femme mariée et très autonome. En outre elle n’a peur de rien, elle peut affronter l’ennemi tout en émotion mais intelligemment. Janet est un personnage vraiment original que j’ai adoré. En plus de son sarcasme, elle apporte un petit humour de situation non dépourvu de charme faisant ainsi contrepoint au sarcasme pessimiste de son employeur. Il y a bien d’autres personnages tout aussi riche en émotions, des méchants et des très méchants, des super méchants que Spider Black devra affronter pour enfin comprendre que « ce n’est pas sa faute ».
La série est proposée en noir et blanc ou en couleur. J’ai vu la version couleur et elle correspond bien au comics de mon adolescence : le rouge est vraiment rouge, le orange est vraiment orange, le violet est vraiment violet, le jaune ...bref vous avez compris… A voir en VO pour la performance de Nicolas Cage et le rôle de Janet.