Ce drama, qui a marqué le festival Canneseries en 2024, est décrit justement comme une fable contemplative et bucolique. C’est une invitation au voyage qui nous emmène dans la région sauvage du Xinjiang. Tout au nord, située entre le Kazakhstan et la Mongolie, la préfecture d’Altay est le cadre choisi pour nous faire partager la vie nomade de personnages majoritairement kazakhs (troisième groupe ethnique de la région après les Ouïghours et les Han).
Cette série, une parenthèse singulière, est une véritable toile et une ode à l’amour :
- de la nature et de la liberté. On y voit un paysage grandiose qui est sublimé par la caméra pour nous emmener des steppes aux forêts jusqu’aux montagnes. Loin du béton des villes, ce vent de liberté se ressent tant au niveau de l’espace que de l’esprit. Le Guide du routard et le Petit traité de l'émerveillement ont de quoi s'inspirer !
- de la culture et des traditions. Il y a une recherche d’authenticité, presque documentaire, pour une communauté qui cherche à préserver un mode de vie ancestral bien qu’il soit confronté parfois à la modernité et à l’émancipation d’une génération plus récente. On ressent, malgré tout, que les valeurs de solidarité et de respect sont préservées. Tout cela n'empêche pas quelques passages légers et tendres dosés à petites touches humoristiques.
- des êtres. Les sentiments sont exprimés avec une infinie pudeur. Déjà, la romance délicate qui naît entre Li Wenxiu (Zhou Yiran), la jeune citadine Han, et Ba Tai (Yosh Yu), le jeune éleveur kazakh, prend le temps de grandir malgré leurs différences. C’est une vision pure faite de regards, de silence et de gestes tout en retenue. L’amour filial est présent aussi et se retrouve sur trois générations : entre Li Wenxiu, encore, sa mère Zhang Fengxia (Ma Yili) et sa grand-mère Waipo (Huang Xiaojuan). La relation entre ces trois femmes montre des liens tendres, parfois chaotiques, mais toujours complices. Les personnages secondaires ne sont pas oubliés et rappellent le regard profondément humain de ce drama.
- de la poésie. Réalisatrice et co-créatrice, Teng Congcong, nous propose une fresque initiatique et littéraire. Outre l’adaptation libre d’un recueil d’essais autobiographiques (My Altay de Li Juan), l’intrigue suit Li Wenxiu qui rêve de devenir écrivaine et qui est en quête d’inspiration. Le récit me paraît être une prose inspirée et immersive. J’ai souvent eu l’impression que le temps était suspendu.
- des animaux. Ils jouent un rôle indispensable dans la communauté, tant au niveau du troupeau que l'on suit lors de la transhumance que dans les liens profonds entre les chevaux et les éleveurs. Ceci est montré admirablement par l'attachement de Ba Tai avec ses bêtes. Sa relation fusionnelle avec son cheval est même touchante. Le récit témoigne ainsi d'un lien sacré et harmonieux entre l'homme et le monde animal.
- de la musique. La bande originale prolonge l'immersion grâce à la présence, entre autres, des trois acteurs principaux qui posent magnifiquement leur voix, ce qui est assez rare pour être souligné. Ils participent à quatre titres de l’album : Cang mang de ning wang (Vast Gaze), un titre solo mélancolique interprété par Ma Yili ; Hui jia ba (Go Home), un duo d'une grande douceur partagé par Zhou Yiran et Yosh Yu ; Cai hong bu la ke (Rainbow Bulak), une balade lumineuse interprétée en solo par Yosh Yu ; Yue guang (Moonlight), un magnifique morceau folk traditionnel chanté par Yosh Yu, un musicien accompli qui accompagne cette mélodie au son du dombra.
S'il m'arrive parfois en journée de penser à ce drama afin de m’évader un peu, il doit sûrement habiter mes rêves et me faire croire que je me retrouve dans cette contrée lointaine et fascinante.