L‘événement dans le monde des nouvelles séries de 2014. Il y a une once de génie, cette première saison fut un très bon moment ; et ce n’est pas un miracle. Les huit épisodes de cette première saison suivent une enquête autour de meurtres à la mise en scène occulte ; et les deux hommes chargés de l’affaire, Rust Cohle (Matthew McConaughey) et Martin Hart (Woody Harrelson), aux caractères asymétriques. Les critiques ont salué unanimement l’écriture, la réalisation et le jeu des acteurs en annonçant quasiment un nouveau Breaking Bad.
Il est vrai que l’amertume de Rust est inspirante : voilà un type se complaisant à ressasser les pires contre-exploits, les pires souffrances, les parts les plus crues, tristes ou sordides de l’aventure humaine ou de nos existences. Pour lui, nous ne sommes jamais autre chose que des « marionnettes biologiques » et tous des atomes creux persuadés à tort d’avoir du sens, en somme. C’est un nihilisme nuancé : ni besoin de suicide, ni de mettre le feu. Il suffit d’être la petite chose qu’on est, laisser aller en faisant ce qu’on sait faire, sans perdre sa lucidité et en évitant d’avoir la moindre dette à l’égard du monde extérieur. Au contraire, Marty emploie une pensée positive, se montre pragmatique et adapté en toutes circonstances. Lui n’a pas perdu sa fille et mène une vie normale, entre sa famille et ses maîtresses. Ils ont cependant tous les deux un point commun : ils admettent qu’il y a une condition humaine.
Les trois premiers épisodes sont très enthousiasmants. Le quatrième, avec la fusillade, est assez frustrant (comme il l’action menée le sera pour les deux inspecteurs), or il marque un tournant. Commence l’ère de la transition, point faible de la saison. Flottement pour l’épisode 5, regain au sixième. Marty se heurte aux aléas de sa vie normale et à des côtés plus sombres, commence à intégrer un peu du pessimisme de Rust. Ce dernier, après sa normalisation bancale, est reparti pour l’Alaska. Dix-sept ans plus tard, soit "aujourd’hui" en 2012, il force son ancien collaborateur à reprendre l’enquête. Il veut fermer le dossier et a de nouveaux éléments. Le nouveau Rust et Marty quasi inchangé repartent donc boucler l’affaire, ce qui occupera les deux derniers épisodes.
Là, True Detective concrétise sa vocation de thriller poisseux et fait songer à la vague sud-coréenne qui fourni dans la décennie précédente Memories of Murder, The Chaser ou Old Boy. Mais on ne retrouve pas le niveau d’intensité du début, qui annonçait une si grande série. Le ton et l’environnement peuvent également rappeler quelques récents films de fantômes dans l’Amérique rurale (Sinister, Conjuring:les dossiers Warren) ou même par endroits le Dead Zone de Cronenberg. Le tournage de la saison 2 démarre sous peu. Elle sera totalement différente, avec une nouvelle histoire et de nouveaux personnages, sans acteurs communs comme le pratique par exemple American Horror Story.
http://zogarok.wordpress.com/2014/09/09/true-detective-saison-1/