Il va peut-être falloir commencer à considérer les séries Apple TV, à l’image de Pluribus qui était une excellente surprise, aussi référencée que fraiche et audacieuse, et Widow’s Bay est arrivée avec une promo bien inférieure mais par le bouche à oreille devenue quelque peu virale au rayon de l’épouvante. Et je dois dire que récemment les séries d’horreur ont eu tendance à me décevoir, comme celles de Flanagan, Monster: The Ed Gein Story, The Beauty ou dans une moindre mesure Welcome to Derry, donc la méfiance était de mise, et pourtant la magie a rapidement opéré avec Widow’s Bay, pour des raisons assez évidentes..
L’action se déroule sur une petite île de la Nouvelle-Angleterre entourée de mystères et hors du temps, avec son lot d’habitants superstitieux concernant une malédiction vieille de trois siècles, où seul le maire Tom Loftis parvient à rester rationnel afin de continuer à faire marcher le tourisme malgré les avertissements. Seulement les évènements surnaturels et inquiétants vont s’enchaîner, entre disparitions, apparitions et la menace d’une grande tempête, de quoi mettre Widow’s Bay en état d’alerte, la question étant : d’où vient cette malédiction et comment la briser ?
La série penche très nettement sur le Fog de Carpenter, d’ailleurs la séquence d’introduction du pilot ressemble à une scène du film, le décor est quasi similaire tout comme l’intrigue, on retrouve même le fameux brouillard, pour petit à petit développer sa propre mythologie, autant déconcertante que fascinante. Déconcertante dans le sens où les sous-intrigues sur de nombreuses entités hantant l’île semblent ne pas véritablement avoir de liens entre elles, comme la légende de la harpie des mers, du tueur déguisé en clown ou du croque-mitaine, comme si Widow’s Bay était un gigantesque hôtel du Shining.
Je ne dis pas ça par hasard car la série se revendique de manière assez claire à l’univers de Stephen King, comme un dérivé de Castle Rock, l’île pourrait tout autant être le théâtre de Ça, l’épisode 2 dans l’auberge ressemble à Chambre 1408, j’en passe mais ce ne sont pas les seules références. Car on retrouve également quelques clins d’œil à Lovecraft, avec le Necronomicon de l’épisode 4 ou le récit de la créature à tentacules de Wyck le vieil insulaire dans l’épisode 7, tout comme la figure de cinéma slasher Michael Myers/Jason Voorhees dans le huitième segment, la série ne manque pas de générosité et surtout d’audace pour faire cohabiter tout ce semblant de bazar.
Mais là où Widow’s Bay se démarque est de mélanger l’épouvante à l’humour avec un brio quasi miraculeux, on pense à l’évidence Twin Peaks pour ses personnages décalés faisant vivre tout un microcosme mystérieux, ou par ses situations quasi rocambolesques évoquées simplement par la mise en scène. Le personnage du maire, interprété par l’excellent Matthew Rhys, est désopilant presque malgré lui, comme sorti tout droit d’un film des frères Coen, on passe du frisson au rire à de nombreuses reprises et c’est un vrai plaisir. La réalisation et l’écriture passent de main en main au gré de la série sans que cela n’entache le rythme ou la cohérence globale, on retrouve d’ailleurs Ti West aux commandes de l’épisode se déroulant au XVIIIe siècle.
Et le final de la série, pour le coup davantage dramatique, nous réserve un bouleversement majeur annonçant une saison 2, en plus de certaines sous-intrigues restées en suspens, il est désormais à espérer que Widow’s Bay connaisse le succès qu’il mérite afin de continuer l’aventure, dans le style qui le caractérise. Pour ma part ce visionnage de 10 fois 40 minutes, tempo raisonnable donc, aura été un véritable délice de bout en bout, un vent de fraîcheur, et clairement : j’en redemande !