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Ce qui les lie
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le 22 mars 2020
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Cette série d'une saison et de huit épisodes suit l'acheminement d'une cargaison de cocaïne depuis les Amériques jusqu'en Italie. C'est l'adaptation du livre éponyme par Roberto Saviano, auteur de Gomorra.
L'acheminement transcontinental de la drogue dure devient une pierre d'achoppement pour observer différents aspects du traffic de la cocaïne, depuis les producteurs mexicains jusqu'aux distributeurs italiens en passant par les transporteurs états-uniens. D'ailleurs, le titre fait référence au surnom donné par les narcotraffiquants à la cocaïne pure.
La série arbore un format documentaire. Les faits sont présentés tels quels, sans fioriture. La violence est montrée telle quelle. L'on goûte à l'atmosphère impitoyable qu'installent les cartels les plus cruels. L'on suit les guerres de succession chez la mafia calabraise. En suivant le trajet de la cocaïne, on voit les différents maillons du transport et la corruption apparaît comme une constante universelle. Et le fric est le sang qui alimente tout ça.
Donc, les faits présentés ne surprendront personne qui se serait renseigné ne serait-ce qu'un peu sur le sujet du traffic de drogue.
Les moyens utilisés par les criminels impliqués étaient les mêmes dans les années 80 (pour autant que je sache, je ne suis pas spécialiste de la question, mais, à force d'avoir lu et regardé sur le sujet, c'est l'image qui en ressort). Donc il y a une image de méthodes vieillotes, ce qui se reflète dans l'âge avancé des différents criminels au début de la série. Et le choix de cette sobriété dans les moyens permet à la série de rester synthétique.
La structure de la narration est telle qu'elle fait des bonds dans le passé récent pour montrer les événements tels que vécus par un protagoniste lorsque celui-ci en rejoint un autre. Cela permet de garder une linéarité très claire dans un récit choral qui, autrement, pourrait s'embrouiller, ou laisser d'insatisfaisantes zones d'ombre. Aussi, l'on perçoit un bout de la structure tentaculaire du traffic mondial de drogues.
La série montre les conséquences mondiales de la participation au traffic, que ce soit en consommant ou autre. La série montre sobrement le genre d'activités qu'alimentent de telles participations. Ça peut être une piqûre de rappel pour certains, même si je doute de l'efficacité d'une telle manœuvre.
Donc la série a quelques qualités intrinsèques. Cependant...
Les méthodes du traffic datant des années 80, l'aspect documentaire se focalise sur les protagonistes. Soit. Le souci est que l'auteur ne peut s'empêcher de laisser transparaître une pointe de tendresse qu'il ressent envers les capi-patriarches de son Bel Paese. Et j'ai du mal avec ça.
Autant l'auteur parlait, au moins en partie, de son vécu dans Gomorra, autant là, avec ZeroZeroZero, il perd pied et parle de choses dont il n'a pas fait directement l'expérience. Et ça se voit, déjà dans le dénument scénaristique de cette série qui, au final, accumule les lieux qui sont désormais communs, de notoriété publique.
Et, encore une fois, l'auteur ne peut s'empêcher de montrer la pointe de tendresse qu'il ressent pour les patriarches mafieux. Avoir écrit Gomorra et ZeroZeroZero est peut-être un moyen pour lui d'assimiler cette tendresse qu'il n'ose s'avouer.
L'auteur fait passer les transporteurs pour des pauvres bonshommes pris dans les engrenages, des pauvres gens qui font ce qu'ils peuvent pour apporter un peu d'humanité dans un traffic impliquant des psychopathes, disons le mot, quand on vend de la mort en poudre, quand on échange la santé de ses clients pour son enrichissement personnel, on est un psychopathe. Et là aussi je trouve ce procédé malhonnête.
Dans l'épisode 5, il prétend jouer les provocateurs en tentant d'humaniser des terroristes, en particulier un homme qui envoie son fils préféré au sacrifice religieux. Ouais, ça pue la redite du livre unique. Déjà le concept de "fils préféré" (ou d'"enfant préféré" plus généralement, mais, depuis quand les filles et femmes existent chez les religions patriarcales ?) est à vomir. En plus, l'hypocrisie de sacrifier des autres que soi tout en feignant d'en souffrir alors que l'on bénéficie des conséquences du dit sacrifice termine de purger l'estomac.
Nous saluons au passage toutes les victimes du terrorisme ainsi que tous ceux qui ont perdu un/des proches à cause de la barbarie théocratique.
L'auteur tente d'humaniser les transporteurs de cocaïne (ainsi que d'autres psychopathes dans l'épisode 5, cf zone spoiler ci-dessus), exprime sa tendresse envers les pontes de la mafia, une tendresse qu'il refoule à grand-peine, et, à côté, l'auteur présente les narcos comme des bêtes sanguinaires la tête lavée par la religion. Bon, les religions lavent les cerveaux, ce n'est pas nouveau, les narcos sont cruels, ce n'est pas nouveau, mais c'est ce ton bancal qui est malhonnête.
Les protagonistes vieillissants reflètent en fait un auteur vieillissant, chevillé à un autre temps, celui des années 80, l'époque à laquelle il a sans doute observé de près les traffiquants, l'époque de l'enfance, époque à laquelle on est fort impressionnable.
En poussant l'analyse plus loin, l'auteur exprime, pas très subtilement, son dégoût sans équivoque, et peut-être gratuit, envers ses propres parents, et son envie d'avoir eu un grand-père capo, pour se la raconter auprès de ses potes, et jouer le blessé tragique auquel le devoir filial s'impose, un homme qui serait puissant et criminel malgré lui.
Au final, en rédigeant cette critique, j'ai revu la note à la baisse. Je fus au début impressionné par la qualité visuelle de la série, par son ton de documentaire, presque solennel, mais, en y réfléchissant à deux fois, en analysant, au final, il ne reste pas grand-chose si ce n'est des paysages, et une somme d'événements qui auront été relatés dans les journaux grâce à des gens dont beaucoup auront dû véritablement risquer leurs vies, voire la perdre, pour nous informer de ce qu'il se passe dans les ombres.
Et lorsqu'un auteur arrive, met en quelque sorte les pieds sous la table, et continue quand même à montrer de la tendresse pour des psychopathes de son pays ou d'ailleurs, c'est tellement navrant que c'en devient hors-sujet.
Créée
le 22 mai 2026
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