Des mots pour ne pas partir : entre lucidité et retenue

Avec There’s No Leaving Now, The Tallest Man on Earth troque les envolées brutes de ses débuts pour une poésie plus intériorisée, presque en retrait. Ce n’est plus le folkman fougueux qu’on retrouve ici, mais un homme en clair-obscur, qui observe le monde — et surtout lui-même — à travers un prisme mélancolique et désarmé.


Les textes, fins et introspectifs, sont la véritable force de l’album. Kristian Matsson y explore les thèmes de l’immobilisme, de la fuite impossible, du doute quotidien. Dans 1904, il évoque les tremblements intérieurs sous des allures de chronique intime : “And though it’s just a dying ember / Maybe it’s the light of something new.” Cette ambivalence constante entre chute et espoir traverse tout le disque.


Plus que jamais, ses paroles résonnent comme des tentatives de dire l’indicible. Bright Lanterns parle de réconfort sans jamais le nommer. Le titre éponyme, lui, creuse le vide existentiel avec pudeur : “There’s no leaving now / Can’t you see I’m grounded?”. L’écriture est précise, jamais démonstrative — mais parfois, trop voilée pour réellement toucher.


Et c’est là que l’album trouve sa limite : à force de subtilité, il laisse parfois le cœur à distance. On admire, mais on frissonne peu. La poésie est belle, mais moins incarnée que par le passé.


Avec ses mots choisis, There’s No Leaving Now capte l’intime avec pudeur et élégance. C’est un journal de bord discret, lucide, parfois trop silencieux pour vraiment bouleverser. Une œuvre sincère, douce, mais qui manque d’éclats pour totalement marquer. 7/10, pour la justesse des mots, mais aussi pour cette impression de rester sur le seuil.

CriticMaster
7
Écrit par

Créée

le 14 avr. 2025

Critique lue 4 fois

CriticMaster

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur There’s No Leaving Now

There’s No Leaving Now

There’s No Leaving Now

7

CriticMaster

2300 critiques

Des mots pour ne pas partir : entre lucidité et retenue

Avec There’s No Leaving Now, The Tallest Man on Earth troque les envolées brutes de ses débuts pour une poésie plus intériorisée, presque en retrait. Ce n’est plus le folkman fougueux qu’on retrouve...

le 14 avr. 2025

There’s No Leaving Now

There’s No Leaving Now

5

Francois-Corda

1032 critiques

Critique de There’s No Leaving Now par François Lam

Pour son troisième LP, There’s No Leaving Now, Kristian Matsson alias The Tallest Man on Earth donne l’impression de s’être une fois de plus confortablement installé dans son ancien fauteuil, depuis...

le 3 janv. 2019

There’s No Leaving Now

There’s No Leaving Now

7

Mara

136 critiques

Un album folk ordinaire mais sympa

Le titre de cette critique résume à lui seul ma pensée sur cet album. Il n'existe malheureusement pas grand chose à en dire pour moi. La voix du chanteur, un peu enrouée, peu surprendre par certains...

le 17 oct. 2013

Du même critique

Après mai

Après mai

8

CriticMaster

2300 critiques

Les braises d’un idéal : la jeunesse en quête de sens dans Après mai

Dans son film Après mai (2012), Olivier Assayas dresse un portrait sensible et nuancé de la jeunesse française du début des années 1970, marquée par l'héritage de Mai 68. À travers le regard de...

le 30 avr. 2025

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica

9

CriticMaster

2300 critiques

Le pouvoir sous pression : politique en apesanteur

Battlestar Galactica (2004) n’est pas seulement une série de science-fiction, c’est un laboratoire politique sous haute tension. Si je lui ai mis 9/10, c’est parce qu’elle réussit à conjuguer tension...

le 3 juin 2025

Only God Forgives

Only God Forgives

4

CriticMaster

2300 critiques

Esthétique envoûtante, émotion absente

Difficile de rester indifférent face à un film comme Only God Forgives. Avec son esthétique glacée, sa mise en scène millimétrée et ses silences lourds de sens, Nicolas Winding Refn signe une œuvre...

le 28 mai 2025