Quand j’ai découvert No One Can Ever Know, j’ai tout de suite senti que The Twilight Sad voulait tourner une page. En 2012, le groupe écossais semble vouloir rompre avec le vacarme post-rock de ses débuts pour explorer un univers plus froid, plus synthétique. Un virage qui m’a à la fois intrigué et un peu désorienté. J’y ai vu une tentative honnête de se renouveler, mais aussi une certaine perte de spontanéité qui m’a empêché d’être totalement emporté.
Dès les premières secondes de Alphabet, j’ai été happé par cette rythmique rigide, presque martiale, et cette voix qui semble sortir d’un tunnel sans fin. Le groupe a beau avoir troqué ses guitares saturées contre des synthés crépusculaires, il parle toujours de la même chose : le malaise, la solitude, l’angoisse. Et ça, j’y suis sensible. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette façon de se débattre dans l’obscurité, même si cette fois, tout est plus contrôlé, plus chirurgical.
Ce qui m’a parfois un peu frustré, c’est ce sentiment que tout est trop bien maîtrisé. L’ambiance est là, l’esthétique est soignée, la production impeccable… mais il manque cette fêlure, ce débordement d’émotion brute qui m’avait tant marqué sur leurs premiers albums. Ici, la douleur semble filtrée à travers une machine. On devine la détresse, mais on la ressent moins. Ce n’est pas que l’album est froid, c’est qu’il me tient à distance.
Heureusement, certains titres m’ont réellement touché. Nil par exemple, m’a cloué sur place : c’est lourd, tendu, presque oppressant, mais aussi profondément mélancolique. Don’t Move aussi, avec sa montée en puissance implacable, m’a rappelé pourquoi j’aimais ce groupe. Ces moments-là, je les ai vraiment vécus. Ils donnent à l’album cette dose d’intensité émotionnelle que je cherchais.
Pour moi, No One Can Ever Know est un album de passage. Il n’a pas l’impact viscéral de leurs premiers disques, mais il a le mérite de proposer autre chose, sans renier leur ADN. Ce n’est pas un album qui m’a bouleversé, mais c’est un disque que je respecte, que j’écoute encore avec plaisir, même si je ne m’y abandonne pas complètement. D’où ma note : 7.5/10. Une belle tentative de métamorphose, pas encore totalement aboutie, mais sincère dans sa démarche.