Revival est le point le plus bas de la discographie d'Eminem, et le pire, c'est qu'il n'a même pas l'excuse d'un manque de talent. C'est un album qui sonne comme celui d'un homme apaisé, bien dans sa vie, mais qui n'a plus grand-chose d'intéressant à raconter, ou tout du moins, qui ne sait plus comment le raconter. Le problème n'est pas qu'il ne sait plus rapper, c'est qu'il semble avoir momentanément oublié pourquoi il le faisait.
Le rap lui-même en pâtit directement, saccadé, sans schéma de rimes solide, une intensité qui ne suit jamais le discours qu'il essaie de porter. Les choix de samples tombent souvent à côté, Remind Me qui reprend I Love Rock and Roll de façon maladroite en est l'exemple le plus flagrant. Rick Rubin à la production n'aide en rien, une direction artistique qui ne semble jamais trouver sa place. Et puis il y a cette trahison, en toute fin d'album, où Eminem crache littéralement sur Relapse, le traitant de mauvais album. Pour quelqu'un qui considère Relapse comme son meilleur travail, c'est la pire des insultes possibles, une négation de ce qui reste pourtant l'une de ses œuvres les plus sincères.
Il y a heureusement une lueur au milieu de tout ça, Framed. Le temps d'un morceau, on retrouve presque l'intensité de Relapse, la preuve que l'artiste n'est pas mort, juste temporairement égaré. Ce morceau est plus précieux que l'album dans son entiereté, parce qu'il rassure sur l'essentiel, la mécanique est toujours là, en sommeil, prête à ressortir. Et l'histoire lui donnera raison, les albums suivants confirmeront ce sursaut et permettront même de parler d'un véritable troisième âge d'or dans sa carrière.
Ma note finale. Trois sur dix. Un album raté, presque désincarné, sauvé de justesse par un seul morceau qui rappelle que le vrai Eminem n'était pas loin, juste occupé à ne plus avoir rien à dire.