Il y a des albums qui accrochent tout de suite, d’autres qui se révèlent avec le temps — et puis il y a Synthetica, l’album de Metric sorti en 2012, qui semble jouer la carte de la distance contrôlée. À la fois stylisé, cohérent et traversé par de vraies questions de fond, il m’a séduit sans totalement me bouleverser. Une expérience marquante, mais pas inoubliable. En toute subjectivité, je lui donne 7/10.
Dès les premières notes de Artificial Nocturne, on comprend que Metric ne cherche pas à plaire à tout prix : le groupe veut imposer une vision, un univers, presque cinématographique. On baigne dans une atmosphère rétro-futuriste, où les synthés dominent sans jamais noyer la voix magnétique d’Emily Haines. Les ambiances sont tendues, les beats robotiques mais accrocheurs, et l’ensemble sonne comme un hommage moderne à la new wave.
L’album est léché, ciselé, impeccablement produit… peut-être même un peu trop. Cette précision millimétrée, si elle impressionne, m’a aussi donné cette étrange sensation : celle de rester spectateur, quand j’aurais aimé me sentir davantage immergé.
Certains titres tirent clairement leur épingle du jeu. Youth Without Youth frappe fort, autant dans l'énergie que dans les paroles. Breathing Underwater, quant à lui, réussit l’alliance parfaite entre émotion et efficacité pop. Et bien sûr, Synthetica (le morceau éponyme) cristallise à merveille les thèmes de l’album : l’obsession de la perfection, le refus de se fondre dans un monde trop lisse.
Mais voilà : tous les titres n’ont pas cette puissance. Certains morceaux se ressemblent, s’effacent un peu dans l’ensemble, comme si la recherche de cohérence avait fini par lisser ce qui aurait pu être plus audacieux, plus contrasté.
Ce que j’ai vraiment apprécié, en revanche, c’est la cohérence thématique de l’album. Synthetica parle d’identité, d’authenticité, de rapport au monde moderne — et ça ne reste pas au stade de la pose. Emily Haines pose des questions pertinentes, parfois troublantes, sur ce que signifie être "vrai" dans un monde saturé de faux-semblants. Ce discours résonne, encore plus aujourd’hui.
Mais je reste un peu sur ma faim émotionnellement. L’album est intelligent, élégant, mais je lui trouve un certain manque de spontanéité. On sent des émotions sous-jacentes — colère, désillusion, envie de rupture — qui ne se libèrent jamais complètement. Dommage, car cette retenue m’a empêché d’être pleinement touché.
Synthetica, c’est un peu comme un bel objet d’art contemporain : fascinant, plein de sens, techniquement impeccable… mais qui garde une certaine froideur. Un album que je respecte énormément, que je recommande pour son propos et son ambiance, mais qui ne m’a pas bouleversé au point d’y revenir sans cesse.
Une "synthèse presque parfaite", en somme — et c’est déjà beaucoup.