Ha, les uniformes napoléoniens à l'époque pré-révolutionnaire... Les coiffures années 1970 bourrées d'accroche-coeurs.
Avoir fait des étude d'histoire est une malédiction quand il s'agit de juger des romans historiques. Mais il faut reconnaître que derrière les artifices (qu'on ne saurait reprocher, car visuellement l'effet est efficace), ce manga est attachant.
Certes, on est dans du roman-fleuve. L'histoire reprend la trame du Marie Antoinette de Stefan Zweig, et son principal présupposé : Marie Antoinette aurait été une jeune adolescente frivole déracinée de force par la raison d'Etat pour épouser un Louis XVI falot, et elle aurait été victime de bien des avanies (contre la Du Barry), et bien des mauvaises influences (Mme de Polignac, une intrigante qui la pousse dans le jeu) ou des complots (l'affaire du collier qui lance une vague de calomnies initiées par Jeanne de Valois).
Les personnages sont aux prises avec des amours contrariées, qui luttent contre les codes de la société et/ou le vent de l'Histoire. La trame des progrès de la révolution est suggérée par de petites saynettes vues du point de vue de l'aristocratie. Le ton est souvent larmoyant, au fonds dans la lignée de La mère coupable. A la véritable histoire se rajoutent des éléments romanesques qui ne déparent pas, comme lintrigue du masque noir.
Le dessin est très efficace, et on ne peut qu'être admiratif par la quantité de travail accumulée (ne serait-ce que pour toutes ces trames à motif à insérer dans les éléments de décor, les vêtements etc...). Oui, comme elle le dit dans sa préface, on veut bien croire que l'autrice a sué sang et eau sur ce manga (qui fait l'objet d'une nouvelle adaptation animée pour Netflix).
Au fonds, le point qui m'émeut le plus, c'est peut-être l'éthique aristocratique que le manga retranscrit à travers ses différents personnages : Marie-Antoinette qui refuse d'adresser la parole à la Du Barry à cause de son ancien métier de courtisane, Oscar bien sûr, toujours prête à servir chevaleresquement la souveraine, ou encore Fersen, l'amant interdit absorbé dans sa vénération de la reine, condamné à fuir l'objet de sa passion pour en sauvegarder la réputation.
Il y a beaucoup de sous-intrigues, entremêlées la plupart du temps de manière réussies (même si certains fils de la trame se perdent en route (comme la relation entre Mme de Polignac et Rosalie Lamorlière, sa fille illégitime). A noter que le début est vraiment très centré sur Marie-Antoinette, au point qu'Oscar semble une simple projection de l'autrice, mais au fur et à mesure le capitaine de la garde royale gagne en épaisseur.
Osé, la question d'une femme qui se travestit en homme ? Pas complétement. Sur certains points, le manga garde des préjugés de son époque : les femmes seraient forcément plus faibles que les hommes ; Oscar s'offusque qu'on la calomnie en sous-entendant qu'elle serait lesbienne, il y a des allusions à une prétendue "intuition féminine", etc.. Rien de bien problématique cela dit.
Bref, un manga romanesque, parcouru par le souffle de l'Histoire et surtout de la passion, avec une éthique aristocratique. ça ne se refuse pas. Merci à Florian pour la découverte.