Une personne internée sans son consentement doit rencontrer dans les 12 jours un juge afin de savoir si la personne peut être libérée ou non. Cette dernière est accompagnée d'un avocat, et le juge a pour lui le rapport d'un psychiatre.
Bien que ce documentaire de Raymond Depardon soit assez court, 1h25, on a un sentiment d'étouffement au sein de ces quatre murs où les entretiens sont assez courts (maximum 15 minutes), mais qui s'enchainent. Il doit y avoir une dizaine de personnes qui sont filmées, avec des pathologies psychiatriques très graves, mais les discussions sont à chaque fois courtoises. Certaines personnes marquent plus que d'autres, comme cette jeune femme qui a été violée une dizaine de fois puis a tenté de mettre fin à ses jours, ou cette personne de couleur qui regarde fixement, presque de manière insistante, la juge qui lui parle. Ou alors cette personne qui veut rentrer chez son père en Haute-Savoie... alors qu'il ne se souvient plus qu'il l'a tué et a purgé une peine de dix ans de prison. Il faut avoir un mental d'acier pour travailler dans de tels centres psychiatriques, que j'ai brièvement connu quand j'étais jeune, en allant voir des proches, mais c'était beaucoup plus violent que ce qu'on voit dans le documentaire. Ici, pas de chaises qui volent ou de patients qui frappent contre les murs, ce qui m'avait marqué à l'époque. Désormais, chacun est dans sa chambre, avec quelques sorties autorisés dans les enceintes de l'établissement, ce qu'on voit ici aussi, dans la froideur de Lyon.
D'ailleurs, chacune des interventions des patients est entrecoupé de petits interludes où la caméra de Depardon se balade lentement dans les couloirs du centre ; on se croirait dans un film de science-fiction comme 2001 ! Un cri déchire parfois le silence, ou une patiente qui fait les 400 pas en parlant toute seule, mais la capacité qu'a Depardon à se fondre dans cet univers si oppressant est impressionnante, d'autant plus qu'il n'intervient jamais. On entend aussi la très belle musique d'Alexandre Desplat qui est comme une respiration entre ces moments parfois anxiogènes.
Depardon a déjà tourné deux documentaires ayant rapport avec la psychiatrie et le monde hospitalier en général : San Clemente et Urgences. La réussite de 12 jours me donne envie de m'y plonger d'autant plus.