Inspiré du récit éponyme de Mohamed Bidas, policier de profession, 40 ans de service, adjoint à la sécurité de l’ambassade de France à Kaboul, à quelques jours de la retraite, voilà un récit qui met en avant l’honneur de quelques uns et d’un pays, le dernier à l’été 2021 qui possédait encore une antenne diplomatique en Afghanistan alors que le pays tombait aux mains des Talibans.
Devenu dernier refuge possible, l’ambassade a alors accueilli et organisé le départ de plusieurs milliers de personnes, françaises mais aussi afghanes, au risque de la vie des hommes en charge de la sécurité et de l’organisation d’une opération aussi complexe. Roshdi Zem est habité par son interprétation d’officier de police, un homme audacieux et tête brûlée qui honore la France. On parle trop peu de ces hommes et femmes au service de la République et de ses valeurs et la police est souvent décriée. C’est pourtant aussi cela la police.
Bien sûr le film verse un peu dans le pathos. Il occulte aussi les Afghans bien qu’ils soient présents, et qu’on trouve deux trois personnages intéressants et qu’on entende du pachtoune. En effet, la vie de ces gens est un peu secondaire dans cette immense opération d’évacuation, qui tient du miracle et du génie tout à la fois, sur un fil, en négociation avec les impitoyables talibans. Le reste du pays paraît aussi bien loin, alors qu’on se concentre sur l’ambassade et l’aéroport, derniers lieux tenus par l’Occident et ses soutiens.
J’ai dans ma modeste existence croisé des dizaines d’Afghans, fuyant ce pays devenu une immense prison quand il n’est pas plongé dans la guerre. Un acteur du film travaille d’ailleurs pour mon employeur comme interprète pachtoune. Il est un pont entre eux et nous. Il mérite les honneurs. Il a pu gravir les marches de Cannes.
Ce pays paraît si lointain et si hostile. 2021 a été une débâcle pour la république afghane et l’Occident, la fin de 20 ans de guerre vaine face à un groupe armée qui dispose d’une force idéologique considérable. Le film illustre très bien cette débâcle ainsi que la complexité de ce genre d’opérations : renseignement, négociations diverses, logistiques. C’est quasi documentaire.
Tout ce que retranscrit ce film est ainsi une réalité, sordide et terrible, qui occulte la beauté et la poésie de ces paysages et de cette culture. Alors on lui pardonnera volontiers son académisme, sa narration linéaire en 13 jours et 13 nuits, son pathos et son suspens un peu artificiel. Il s’agit d’une vraie histoire, aussi héroïque que la fiction avec des héros comme vous et moi et qui méritent d’être narrée, parce qu’elle les honore et honore la France. Et c’est devenu bien trop rare dans un monde de moins en moins moral et scrupuleux, à l’heure où l’on peut envahir un pays sans rendre de compte, persécuter sans sanctions, tuer sans sommations. C’est ce qui nous distingue des Talibans.