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Télé-zobbies
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Un enfant, ce n’est pas seulement un petit humain qui joue et apprend : c’est un concentré d’innocence et de naïveté. Une page encore vierge de la cruauté et de la violence qui nous entourent. C’est ainsi que cela doit être. C'est également celui qui regarde vers le futur, c'est celui qui détiendra entre les mains l'avenir de l'humanité. Alors cette introduction est franchement dérangeante. Peut-être un peu sarcastique, car on déteste les Télétubbies, mais quand même…
C’est d’ailleurs aussi pour cela que Spike laisse son biomane rouge sur l’étagère : c’est trop enfantin, et là où il va, il faut se montrer robuste, courageux et adulte…
Le film ne nous laisse pas beaucoup respirer. Arf. La menace est absolument partout, mais ce n’est pas seulement une question de survie physique. Ce monde est psychologiquement à chier et tu peux dire adieu aux antidépresseurs. En même temps, il vaut mieux pour tout le monde avoir les idées claires. Le temps et la vie ordinaire telle que nous la connaissons se sont consumés, laissant place à un chaos effroyable, morbide et sans espoir, qui forge et déforme ceux qui restent. Comment s’adapter à ce monde ?
Il a 12 ans pour le père, et il est prêt pour le continent. C’est un bébé pour la mère : « tueur de bébés ! » hurle-t-elle à son époux, qui veut l’emmener sur le continent pour lui apprendre à se défendre dans cette réalité absolument atroce (ouais j'ai encore dit absolument, laissez-moi tranquille, je ne prétends pas être une chroniqueuse de ouf). Le départ de Spike est glorifié, comme une fête : le petit garçon va devenir un homme. Ce n’est pas anodin si cette traversée est rythmée par le poème Boots de Kipling, lu par Taylor Holmes. Le texte est construit comme une litanie obsessionnelle : boots boots boots boots, encore et encore.
La version utilisée dans le film, la récitation de Taylor Holmes, est historiquement célèbre : elle était, paraît-il, diffusée par l’armée britannique pendant la Première Guerre mondiale pour simuler la fatigue mentale des soldats. Certains témoignages parlent de véritables crises nerveuses. Ce n’est pas une musique. C’est une érosion du cerveau.
La lecture se superpose à des images d’archives de marches militaires, de combats, mais aussi d’horreurs anthropophagiques. Cette vie est cruelle et dangereuse, mais face aux enragés, elle devient totalement nécessaire. C’est un passage du film qui m'a beaucoup dérangé, car on veut protéger l’enfant, mais on ne peut pas. Il doit apprendre à se défendre, à défendre son village plus tard. C’est une transmission nécessaire. En réalité, c’est une transmission obligatoire face à l’inimaginable.
Le film atteint selon moi, son sommet symbolique avec la figure du docteur Kelson. Là où d’autres ont choisi la foi, la force ou l’endoctrinement, lui a choisi la mémoire. Son refuge n’est pas un sanctuaire, mais un ossuaire. Des crânes empilés, assemblés, sculptés en une œuvre qu’il nomme Memento Mori.
Souviens-toi que tu vas mourir.
Kelson est un homme qui a regardé la mort trop longtemps pour encore lui mentir. Sa sculpture n’est pas un trophée, ni une provocation macabre, mais un acte de résistance face à l’oubli. Dans un monde où les corps disparaissent, dévorés, dissous, niés, il redonne aux morts une place, une forme, une présence.
Ce film ne se contente pas de montrer la terreur : il raconte comment les êtres humains tentent de survivre malgré tout, comment ils se construisent et s’organisent face à l’inhumain, tout en gardant un regard presque poétique sur la résilience et la transmission des valeurs, même tordues. Certaines scènes sont à la fois terrifiantes (par l’action et le contexte) et visuellement magnifiques (artistiques).
J’ai lu que certains jugeaient le film absurde, mais en réalité, on ne peut pas imaginer cette vie : un ennemi qui te ressemble, ton miroir diabolique qui ne réfléchit jamais à la manière dont il va te massacrer, puisqu’il est totalement dénué de valeurs et de pensées…
Il y a tellement de scènes marquantes, choquantes et viscérales dans ce film qu’il est, à mon sens, impossible d’y rester blasé. Mais c’est un avis subjectif.
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Créée
le 21 févr. 2026
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