Le monde est devenu fou.

Avis sur Adieu les cons

Avatar Maximemaxf Mitchell
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Alors que les salles obscures reprennent lentement leurs activités sur le sol français, les cinéphiles se débattent pour trouver des séances d’intérêt au milieu de multiple report et de la pandémie actuelle refrénant nombre de sortie cinématographique américaine. Au point de pousser les spectateurs au mieux à compter sur les ressorties exceptionnelles chez de nombreux exploitant (la saga Nolan à l’occasion de Tenet qui semble bel et bien maintenu pour la fin du mois d’Août, Titanic, Elephant Man et j’en passe), ou au pire à se serrer la ceinture jusqu’à la fin de la crise sanitaire voire jusqu’à 2021 dans l’espoir de voir leurs sorties enrichis après une période aussi drastique et chaotique que maintenant.

Et c’est dans ce climat anxiogène et caniculaire que débarque le mois d’août avec quelques petits espoirs de combler ses découvertes. Parmi elle : le dernier né d’Albert Dupontel qui arrive à point nommé pour soutenir les sorties cinés de l’été. L’humoriste également acteur et réalisateur s’étant reconverti dans le métier, avait frappé de manière retentissante en 2017 avec Au revoir là-haut : à la fois son plus grand succès, un grand coup de cœur personnel inespéré mais surtout un grand pas vers la maturité de son cinéma qui était précédemment constitué de comédie à la tournure absurde, noir et cinglante avec ses hauts et ses bas mais en restant toujours un minimum honorable même dans ses tentatives plus laborieuses (comme Enfermés dehors).

Et avec un regard se voulant lucide sur l’absurdité et l’impertinence de la société moderne en prenant le parti des bras cassés qui s’en retrouve victime malgré eux. Adieu les cons n’y fait pas exception avec son trio assez atypique entre Trappet, Cuchas et Mr.Blin chacun ayant fait les frais à leur manière d’une société moderne refusant de s’adapter aux laissés pour compte, de les comprendre ou les jugeant facilement remplaçable quand cela leur arrange en oubliant le facteur humain derrière.

Ce qui implique bien évidemment la dépression élevée de Cuchas voyant ses ambitions balayés sans réel merci ni au-revoir avec la même incapacité du responsable de s’expliquer avec tact (tout comme le médecin de Trappet qui semble mal à l’aise et choisi une métaphore inapproprié au vu du contexte), et bien sûr l’accident de vie durant la jeunesse de Trappet qui refait surface après avoir appris qu’elle était mourante à cause de son travail qui n’a eu que faire de son bien-être. Dans les deux cas, ce sont deux âmes paumés dos au mur que ça soit à cause d’un passif

(la naissance d’un gosse à ses 15 ans)

ou la volonté d’une entreprise d’apporter du sang neuf au détriment des expérimentés et de leur projet d’avenir tardif. Et qui ne se rencontrent pas uniquement en raison de leurs désillusions et parce que la société et la vie la leur a mis bien profond, mais parce que la mauvaise phase de chacun se rejoint clairement. Et aussi parce que leur attitude, méprisable ou même détestable puissent-elles paraître, a du sens (le vol de l’enregistrement et le chantage qui s’ensuit) et se défend même quand on s’appuie sur les jugements expéditifs subit par l’un et l’indifférence et la déshumanisation subit par l’autre (l’amourette malheureuse en accéléré pour montrer son manque total de contrôle sur cet incident, les soucis de l’administration et du tout numérique).

Adieu les cons rappelle surtout que pour que l’absurde fonctionne (en humour comme en moment de gravité), la situation doit échapper aux personnages ou qu’au moins un ou deux d’entre eux en souffrent malgré eux. Et surtout qu’il y a une façon de montrer un gag, en témoigne le premier vrai gros moment d’humour noir du film :

la tentative de suicide de Cuchas qui tourne au vinaigre, dont le fusil transperce malencontreusement le mur et blesse gravement un de ses collègues (dont ne saura jamais si il s’en sortira pleinement ou pas et qui semble aussi prisonnier des carcans de l’administration moderne que les autres), ce qui est propice au plus malheureux des quiproquos et à la rencontre fortuite de nos deux bras cassés.

L’effet de surprise est là, la situation s’envenime pour des raisons évidentes, l’humour noir prend pleinement et la fracture de ton avec le sérieux des enjeux ne nuit pas aux objectifs principaux du récit.

A côté de cela, lorsqu’il se veut plus mélancolique et poétique sur le temps passé et le monde qui se détache de nous au fil des époques, Dupontel joue astucieusement de la superposition d’image comme la traversée en voiture de Trappet et Blin dont l’excellente mémoire photographique est vite mis à mal par les aménagements urbains contredisant ses souvenirs et son sens de l’orientation surprenant pour un homme aveugle. En plus du rire, cela crée aussi une immense empathie et une forte identification avec Blin qui se retrouve sans en prendre totalement conscience dépassé par les épreuves du temps et la société qui semble effacer presque intégralement ce qui le rattachait à l’extérieur et ses souvenirs passés.

Le cadrage avait déjà un rôle omniprésent dans son précédent métrage, il continue de garder du sens ici que ça soit pour des instants comme les ravages du temps ou même présenter un personnage secondaire comme le docteur Lint et les ravages d’Alzheimer sur sa mémoire alors qu’à l’inverse de Blin il n’est pas un bras cassé parce qu’il a été au mauvais endroit au mauvais moment, mais parce que là le temps s’en prend directement à lui. D’ailleurs c’est également contre lui que ce trio va se retrouver à se battre : le temps qu’il reste à vivre, le temps restant avant de se faire mettre derrière les barreaux pour un méfait jugé rapidement et sans aucune intention de se raviser dessus, ou encore le temps qui détruit tout ce qui a été pour Mr.Blin.

Et donc que faire du temps qui nous reste avant l’échéance si ce n’est la consacrer à ce qu’on aime, ou aux gens pour qui on a plus que de l’affection ? Ou même rectifier des erreurs passés sur lesquels on n’avait pas d’emprise, quitte à finir par être considéré comme déviant dans un monde pourtant plus fou et irrationnel que des gens comme Trappet, Blin ou Cuchas ? Et là encore, comme pour la métaphore du monde de Titanic, très proche du nôtre et encore plus avec comment est traité la crise sanitaire actuelle vis-à-vis du Covid-19.

Mais malgré tout ces jolies qualités et toutes les jolies voire belles scènes qui en ressortent avec un cinéaste inspiré, je n’y retrouve pas la même tendresse ni la même fluidité émotionnelle de son précédent coup du chapeau. La faute revenant à sa durée nettement plus courte devenant facilement un handicap au mélange des genres et créer un léger déséquilibre qui empêche le rire comme la tristesse et l’empathie d’atteindre leur apogée.

Soit on n’est jamais pleinement touché car la proximité humaniste avec les personnages et leurs problèmes se retrouve un peu trop souvent contrebalancé par les gags et les situations absurdes dans lesquels chacun se retrouve malgré eux

(parfois la transition brute fonctionne comme la tentative de suicide raté de Cuchas, parfois un peu moins avec Blin qui est un peu de trop notamment lors d’une scène de retrouvailles).

Ou alors on ne rit jamais pleinement comme on le souhaiterait en raison des enjeux souvent rappelé à l’ordre et ne laissant pas tant d’occasion que voulu aux opportunités comiques pour alléger l’histoire.

Et cela devient un peu plus handicapant lorsque les personnages finissent parfois par se tomber dessus par pure hasard (l’accident de bagnole) ou que les raccourcis scénaristiques et autres petites négligences finissent par nuire à la fluidité du récit (on passe plus d’une demi-heure sans revoir les agents à la recherche de Cuchas alors qu’ils se sont révélés relativement efficace précédemment).

Ce qui est assez dommageable, car à côté il y a quand même une belle justesse d’interprétation auquel il est très difficile d’y être insensible : Albert Dupontel bien sûr est toujours aussi convaincant et encore plus avec un personnage qui se rapproche de l’interprète en lui-même, Nicolas Marié est une boule d’enthousiasme et d’optimisme très attachante mais Virginie Efira se place facilement au-dessus du lot avec une délicatesse de jeu qui n’appartient qu’à elle ici et que je ne lui soupçonnais franchement pas.

Adieu les cons est dans la continuité d’Au revoir là-haut en terme de mûrissement de son auteur/acteur/scénariste, surtout plus de 20 ans après l’insolent et psychopathe Bernie quand on voit comment Dupontel aborde ses bras-cassés devant la caméra avec plus de tendresse et moins de raillerie qu’à ses débuts. A défaut d’être un immense coup de cœur semblable à son précédent film, ce témoignage ce poursuit ici avec un conte social beau, bien mené et pouvant compter sur ses collaborateurs habituel côté acteurs. Et quoi de plus enthousiasmant de savoir que son prochain long-métrage abordera la présidence avec un quinquagénaire candidat malgré lui et dont les tentatives d’assassinat à son encontre ne manqueront pas ? A dans 3 ans, monsieur Dupontel !

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