Une vie de mots, passants

Avis sur Boyhood

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Quand on lance un film expérimental de 2h46 avec une pointe d’appréhension, l’entendre s’ouvrir sur du Coldplay fait soudain redouter le pire. Faut dire que j’arrivais sur un territoire d’autant plus vierge que je n’avais jamais vu un film de monsieur Linklater.

Tronches de vie

Très rapidement, un constat s’impose: le principe même du film fonctionne parfaitement, le résultat est rapidement assez fascinant. Il faut quand bien même se rendre compte qu’on est en face du meilleur maquillage de l’histoire du cinéma, dans la catégorie vieillissement des personnages ! (ce qui entraine immédiatement une réflexion: et si la meilleure boite d’effets spéciaux au monde s’appelait «Real Life, Inc.» ?)
L’idée technique se montre donc efficace, qu’en est-il de l’aspect artistique ?

L’avis est un long fleuve tranquille

L’essentiel des reproches faits au film semblent tourner autour de sa supposée vacuité. De son manque de moments saillants, de son incapacité à ouvrir notre tiroir à émotion. Il me semble que ce serait aller à l’encontre même de l’esprit du projet. Quelque soit notre position sur les interactions entre la vie et l’art, la place de l’une dans l’autre, ou la capacité de l’art à imiter la vie, le film, au fond, ne tourne qu’autour du récit d’une enfance. Celle de ce Mason qui orne l’affiche et occupe le premier plan du film.
Le propos est de cerner le développement du gamin à travers le temps qui passe, et qu’importe si au bout du compte son parcours est relativement banal ou si le chiard se révèle un peu fade et sans saveur quand vient la puberté. Car c’est précisément ça, la vie, un truc un peu aléatoire et pas toujours à la hauteur des espoirs qu’on place en elle, et ce n’est rien d’autre que le sujet du film.

L’enfance de l’art

Là où tant de ses contemporains échouent en empruntant le langage qu’ils dénoncent (le vide par le vide, l’ennui par la torpeur… voulez-vous des noms ?), là où tant de tentatives explosent sous le poids de leur boursouflures un peu guindées, le film de Linklater touche par une forme de simplicité qui flirte avec les défauts sus-cités, mais dont un certain nombre de scènes touche le cœur de sa cible, clairement définie par l’exploit logistique nécessaire à sa réalisation.

Bien entendu, l’aveu de la mère qui attendait plus de la vie, entre en parfaite résonance avec le fil d’un récit fragile et non exempt de petites fautes de parcours. Mais au final, un signe ne trompe pas. Certains emprunts à l’époque qui accompagne les différentes étapes du film (une élection, la sortie d’un livre) ne sont là que pour marquer le temps qui passe. Commencer par Coldplay et finir par Arcade Fire est un plus qu’un sens du résumé: c’est une preuve de goût.

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