Il a essayé.

Avis sur Kaamelott - Premier Volet

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Aaaah Kaamelott. Kaamelott, Kaamelott, Kaamelott : quand on cite ce mot, ça n’est pas que les légendes arthuriennes qui nous viennent en tête avec tout ce qui va avec, mais aussi l’une des créations humoristiques les plus populaires des années 2000 chez nous des mains d’Alexandre Astier. Un homme qui a cumulé les casquettes sur cette série, entre celui de ce roi dépressif et fatigué mais aux valeurs morales nobles, de compositeur pour la musique jusqu’au film ou encore de scénariste pendant les 4 années de diffusion de sa série.

Kaamelott est reconnu pour son sens du dialogue exceptionnel, sa vision décalé et rocambolesque des chevaliers de la table ronde quasiment tous montré comme une grande bande d’andouille incapable pourtant humain et attachant, sa tournure dramatique très remarquée et forte dans ses dernières saisons et surtout son teasing de très longue date maintenant dans un dernier épisode lourd de sens. Et si Kaamelott ne jouit pas pour autant d’une perfection totale, mon marathon récent m’a permis de reconsidérer cette série qui m’était passé au-dessus de la tête durant sa diffusion.

Quant au film, c’est une autre histoire. Surtout pour ce qu’il est finalement après l’avoir visionné et rattrapé 6 saisons, un premier volet d’une trilogie qui le sépare de 11 ans de la série temporellement et pourtant il ne semble pas y avoir autant à proposer que voulait le faire croire Alexandre Astier.

Histoire de ne pas perdre nos couleurs trop vite, il faut rendre à Astier ce qui est à Astier : cet homme connait très bien l’univers qu’il retranscrit au cinéma et affiche visuellement une réelle ambition de trancher avec le ton très carton dans la direction artistique de la série (mais qui était un choix artistique assumé avec ces cliquetis ridicules pour les armures, ces plans fixes long et enchaînés, etc…). Le format d’image, les costumes empruntant une extravagance non refoulée même dans le ridicule apparent (Lancelot et sa tunique de souverain… comment il en est arrivé à choisir ça ?), Kaamelott enfin montré entièrement depuis l’extérieur (malgré une animation en CGI vraiment immonde sur les plans proches n’incluant aucun régent de Kaamelott), les moyens sont visibles et proprement mise en œuvre pour ce retour tant désiré du roi de Bretagne.

Mais une fois passée l’ambition esthétique et visuelle, elle prend un sacré revers avec le montage et le découpage qui nous ramène continuellement au format initial de l’œuvre : le récit devient de plus en plus éparpillé durant la première heure et il se perd plus d’une fois dans sa volonté et son besoin de rappeler les principaux personnages de l’œuvre quitte à ce qu’ils ne fassent que décor ou figuration. On pourrait citer toute la clique restée à Kaamelott tant ils ne servent à rien (Père Blaise, le roi Loth d’Orcanie, le jurisconsulte et Dagonnet), ceux-ci n’étant plus que bon à se plaindre de la situation financière du royaume souffrant de décrépitude et constater l’imbécilité de l’unique potentiel menace pour leur royaume.

Cela devient une véritable pioche pour voir qui aura droit à un traitement louable et c’est assez triste à constater pour certains auquel on s’est beaucoup entiché en 459 épisodes. S’il y en a qui tire leur épingle du jeu (le duc d’Aquitaine merveilleusement campé par Alain Chabat, Bohort tentant tant bien que mal de transmettre l’idéal d’Arthur, Perceval et Karadoc toujours aussi cons et drôles et devenus leaders de la Résistance… pas celle de la postlogie Star Wars), il y en a d’autres juste présent par justification scénaristique (Léodagan et Séli totalement transparent, Vennec présent par simple continuité avec le final de la saison 6 et qui disparaît après une demi-heure, Mevanwi opportuniste et reine illégitime de Bretagne), ou qui n’ont tout simplement aucune raison d’être là sauf pour les 2 suites potentiels (l’enchanteur Elias qui n’a strictement rien à faire) quand ils ne sont pas juste ridiculisé (Lancelot qui ne quitte jamais son costume bouffant et a droit à un climax le tournant en ridicule).

Être dépassé par les personnages et leur continuité dans la relecture des mythes arthurien, c’est une chose. Mais c’en est une autre de rendre le passage cinéma pleinement crédible et c’est là qu’il y a de quoi être fâché avec Astier. Nul doute qu’il y faut du temps pour adapter la mise en scène au format cinéma et que sans l’expérience sur grand écran il y aura des lacunes, mais on nous délivre un rendu souvent télévisuel avec des goûts de luxe au point qu’on se questionne plus d’une fois sur l’exploitation du budget dans ce projet. Si Alexandre Astier tente de laisser respirer l’image plus d’une fois, cela ne l’empêche malheureusement pas de rendre téléfilmesque des passages qui auraient mérité d’être plus longue et sérieuse

(la première conversation entre Lancelot et Mevanwi filmé en plan fixe et gros plan)

, et de surdécoupé des passages qui auraient pu se contenter de mouvement simple au lieu de subir tel ou tel cut rapide pour dynamiter le tout

(le discours de Perceval et Karadoc devant les troupes de la résistance).

Pour quelqu’un qui est passé par 3 films précédemment, dont 2 Astérix, c’est assez incompréhensible.

Et cela passe aussi par la représentation de l’univers au sein du film : le peuple breton n’est incarné ici que les paysans Guethenoc et Roparzh ainsi que leurs rejetons, alors que c’était le moyen de montrer le peuple de Bretagne dans une plus grande globalité (chose que la saison 6 avait faite dans l’avant dernier épisode en plus). Alors qu’à côté l’armée de Lancelot est limitée à une poignée de clampin saxons à peine exploités, même l’Aquitaine et la Gaune n’ont aucun représentant du peuple en dehors des chevaliers ou de l’entourage du Duc. Tous les moyens étaient là pour élargir l’horizon et ne pas se cloîtrer dans la vision réductrice imposée par la série, mais à l’exception de la traque d’Arthur et du périple de ce dernier jusqu’à Aquitaine, ça n’est jamais la motivation principale du long-métrage.

Alexandre Astier a conscience du public qui ira voir son premier volet, et il a tendance à le rappeler parfois trop aisément par le prisme de l’humour. En convoquant plus d’une fois les répliques ou gag de la série qui ne seront pas forcément comprise par les néophytes (le roi Burgonde incapable de comprendre ce qu’il dit, le fameux "MECREANT" de Bohort, un autre jeu du Pays de Galles incompréhensible mais mise en pratique qui rend plus confus qu’elle ne fait rire alors que le principe même du gag c’est de voir l’entourage de Perceval complètement déboussolé par des règles sans queue ni tête), ou parfois en exploitant bien ce qui a déjà été construit (là encore le duo Karadoc/Perceval est mise à l’honneur quand Arthur tente de leur donner un ordre en apparence simple mais qu’ils décryptent tout de travers, le roi Burgonde dans lequel Guillaume Briat semble toujours bien s’amuser pour notre grand plaisir). Sans pour autant dire que cela donne une impression de régression totale, c’est quand même regrettable qu’Astier ne maintienne pas plus un équilibre drame/comédie comme il l’a si longtemps fait avec les dernières saisons de la série, quitte à déstabiliser ceux qui n’auront retenu que l’esprit comique de la série.

Alors que lorsqu’il est premier degré et qu’il décide vraiment d’exploiter sa figure arthurienne : c’est là que ce premier volet délivre ses plus beaux moments et affiche un potentiel à exploiter. Arthur Pendragon, que l’on avait quitté moralement au plus bas et physiquement marqué, en quête d’une nouvelle existence loin de tout mais contraint par la force des choses à revenir sur les Terres qu’il a dirigé pendant près de 15 ans. Astier reprend très vite ses marques et démontre qu’il sait très bien communiquer les émotions de son personnage par le regard et les bons mots, et a pour lui à la fois droit à un flash-back contant une partie de sa vie méconnue du public et qui garde son premier degré jusqu’au bout, mais aussi aux scènes les plus solennels du film et auquel j’aurais aimé qu’Astier se focalise davantage

(les retrouvailles avec Bohort et une table ronde de fortune prouvant la volonté du chevalier de Gaunes et des siens de poursuivre les principes d’Arthur et qui fait écho à son discours en fin de Livre V, le premier baiser enfin échangé avec Guenièvre dans une scène purement visuelle et musicale vraiment belle et qui témoigne enfin de vrais sentiments d’Arthur pour sa promise de Carmélide).

Et il sait également surprendre avec des idées toutes bêtes mais capable de relever du génie

(la coordination des troupes Burgondes par la musique lors de la deuxième attaque du peuple en compagnie des anciens chevaliers de la table ronde, aussi con que brillant).

Et ce sont les principaux moments ou on respire parce qu’à côté, si on réunit tous les soucis de présentation de personnages, de réunion et d’enjeux, la domination comique sur le sérieux du récit et le découpage aléatoire jouant très souvent en la défaveur de l’histoire

(Arthur qui passe du rocher des Dieux au camp Burgonde en Carmélide en l’espace d’un plan, la capture des chevaliers trop facile et expéditif, sans parler des passages géographiques très maladroit)

: on a un film suffocant, qui me semble dépassé par le matériau de base et qui ne parvient pas à s’élever au stade supérieur là ou les saisons 5 et 6 y étaient bien parvenus. C'est triste à dire, et je suis le premier à faire ce constat alors que je forgeais de plus en plus d'attente au fil de mon rattrapage. Mais le fait est là.

Alexandre Astier a essayé, et c’est déjà du mérite quand on a passé tant du temps sur le petit écran et qu’on a fait un tour à l’animation. Mais Kaamelott : premier volet ne cesse d’avoir le cul entre deux fauteuils. A cause d’un découpage hasardeux peinant à nous faire prendre conscience des enjeux, d’une mise en scène propre mais aux allures de Direct To Vidéo de luxe, d’un final patachon et sans panache, et d’un retour en arrière regrettable en termes d’atmosphère en plus de se répéter en termes de gag. Alors qu’à côté il y a toujours des coups d’éclats et des belles idées, un casting toujours aussi investi dans la peau de ces branquignols breton de première, une superbe musique composée par Astier lui-même et une volonté de proposer un spectacle plus grand mais qui n'arrive pas. Tout ça pour dire que : non, Astier est un bon créateur mais pas un grand cinéaste, il a encore de la route à faire.

Et si je vous qu’on a là un film sympathique mais un pétard mouillé par la même occasion : là vous avez du péremptoire.

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