Les comédiens Mathias Mlekuz et Philippe Rebbot se lance dans un voyage à vélo à travers l’Europe, en mémoire du fils défunt de Mathias. Ce cheminement existentiel se veut drôle et émouvant est aussi (et surtout ?) un « spectacle » aussi embarrassant que gênant.
Le film s’ouvre sur une belle journée de mai, au bord de la mer, à l’ouest de la France. Le comédien Mathias Mlekuz organise une fête de départ pour un road trip à vélo pas comme les autres. Accompagné de son pote Philippe Rebbot (lui aussi comédien), il compte traverser l’Europe jusqu’à la Mer Noire et rallier Istanbul à la seule force des mollets. Ce voyage est celui qu’avait entrepris Youri, le fils de Mathias, peu avant son suicide. Pour son père, c’est une manière de faire son deuil.
Embarras. C’est le terme qui survient pour qualifier le sentiment qui saisit le spectateur face à cet étrange spectacle. Pourtant, on pourrait y voir un sympathique film sur deux amis qui digressent à coup de philosophie de comptoir sur épreuves de la vie au fil des kilomètres. On pourrait y voir la tentative, aussi émouvante que désespérée, d’un père cherchant à surmonter l’indicible douleur de la perte d’un enfant. On pourrait aussi y déceler l’hommage qu’un homme de scène peut rendre à ceux qu’il aime. On pourrait enfin saluer la volonté d’aborder le suicide des jeunes, un mal encore trop tabou.
Mais il y a quelque chose de profondément gênant, presque impudique, dans la démarche de Mathias Mlekuz : construire un film, un spectacle, autour de son deuil, de manière aussi triviale et avec si peu de distance. Que Mlekuz soit filmé par une équipe de tournage au moment où sa peine et des larmes rejaillissent dans une église de Budapest, passe encore. Mais pourquoi ajouter une musique mélodramatique pour accentuer artificiellement l’émotion ? Mlekuz confesse avoir hésité à se lancer dans ce projet. C’est Philippe Rebbot et son producteur qui l’ont encouragé à franchir le pas. Ces derniers avaient tort. Enfin, peut-être pas après le succès que le film a obtenu dans différents festivals de comédies (l’Alpe d’Huez, Angoulême). Peut-être est-ce ma pudeur calviniste, mais j’ai trouvé cette mélodramatisation qui sous-tend le film obscène et problématique vis-à-vis de la mémoire de Youri. Je suis heureux si cette démarche a permis à Mathias Mlekuz d’avancer dans son deuil. Mais jamais je n’aurais souhaité me retrouver « spectateur » de son road-trip existentiel et encore moins avoir à le critiquer et le noter.