Je ne cesserai jamais d'être fasciné par le phénomène des Backrooms. Partis d'une simple photo troublante accompagnée d'un texte sur 4chan, une communauté s'est construite à partir de si peu pour étendre de manière organique ce concept, de la même façon que ces Backrooms s'étendent sans logique particulière. Mais c'est véritablement avec l'arrivée d'un gamin qui a huit ans de moins que moi, mais qui est déjà cent fois plus talentueux, qu'on est passé de mode à phénomène. Et même si les dérives liées à l'absence de droit d'auteur ont permis à n'importe qui de faire tout et surtout n'importe quoi, c'est Kane Pixels (Kane Parsons) qui remonte le niveau par sa créativité. Sachant très bien que ce ne sont pas les monstres peuplant les Backrooms qui mettent mal à l'aise, mais l'espace lui-même.


Mais donc, quand il y a une mode, il faut faire un film ? Un bon moyen de tuer l'engouement, ça s'est déjà vu... Ça va être un film Netflix fait par un yes man qui n'y connaît rien, avec des acteurs mauvais...

Eh bien, tout faux ! C'est Kane Pixels en personne qui réalise, aidé par A24 (la Rolls des films d'horreur), et incarné par Chiwetel Ejiofor et ma chouchoute Renate Reinsve. Comme quoi, parfois, il faut croire en ses rêves, même si ça veut dire que j'avais mon niveau d'attente au maximum. C'était même le film que j'attendais le plus cette année, au-dessus de l'Odyssée ou Dune, c'est dire : j'allais forcément être déçu !


Mais tout ce qui touche aux Backrooms n'a rien de logique et, à 20 ans à peine, Kane Parsons nous a pondu un petit chef-d'œuvre. J'ai adoré malgré l'attente, malgré les critiques mitigées ; le cinéma a enfin un porte-étendard pour l'analog horror et l'horreur d'Internet, et son nom est Backrooms.

Pourquoi ça marche aussi bien ? C'est un tout bien sûr, mais la raison principale est que le réalisateur n'oublie pas d'où les Backrooms viennent sans jamais délaisser la mise en scène pour autant. On aurait pu douter des capacités d'un adolescent faisant des vidéos sur Blender dans sa chambre. Mais ceux qui le suivaient avant ont tout de suite été rassurés, moi le premier, par la qualité du found footage introduisant le film.


À travers un vieux caméscope, on découvre pour la première fois les salles jaunes sur grand écran. Des images similaires à ce qu'on a pu voir sur YouTube, mais toujours aussi efficaces. Voire même plus stressantes par le fait d'être bloqué dans une salle de cinéma, les artefacts nous paraissent plus grossiers, le son plus saturé, chaque mouvement nous rapproche de l'inévitable.

Donc, après cette introduction des plus terrifiante, on pourrait penser que paradoxalement avoir une caméra beaucoup plus moderne avec une image et un son net, la magie s'en irait. C'était ma principale inquiétude, mais c'est tout l'inverse. C'est une évolution logique, j'irais même plus loin en disant que c'est complémentaire avec le found footage. Deux styles d'horreurs qui s'accordent et se répondent.


Après une petite construction de l'environnement et des personnages nous permettant de comprendre leur instabilité respective, on arrive assez vite à la découverte véritable de ses littérales "arrières-salles". Mais avant même d'y entrer, je trouve intéressant de souligner que tous les lieux extérieurs paraissent déjà très bizarres sans qu'on ne puisse vraiment mettre le doigt sur notre malaise. Les maisons sont trop propres, les vieilles publicités nous font rire nerveusement et ce magasin de meuble qui est déjà tellement Backrooms, faisant peur par la simple vue d'un amas de canapés vides... Il y a un vrai travail de l'image pour tout rendre liminal, trop propre mais jamais lisse, fixe mais bourrée de sens…

En accumulant subtilement ce malaise, il va nous exploser à la gueule quand on met enfin les pieds dans le plat. Et là, c'est la claque, les décors sont pixels, le jaune pisse décolle notre rétine, les néons nous écrasent les oreilles de leur bourdonnement. Pas de menace, mais on s'y sent mal, on commence à voir peu à peu le manque de logique spatial, hébétés comme les personnages, on ne peut s'empêcher de vouloir en explorer toujours plus, comme si le malaise appelait la fascination. Du moins jusqu'à ce que les premières menaces se fassent entendre ou entrapercevoir. Là, on se carapate fissa, car on se doute que si ces pièces sont déjà assez bizarres comme ça, ceux qui les peuplent ne doivent pas être très amicaux.


Je ne détaillerais pas tout le reste du film, même si lancinant, et même un peu prévisible parfois, il crée toujours la surprise par sa science du malaise constant. Le pinacle reste le milieu du film, cocktail parfait entre l'analog horror, les espaces liminaux, la logique non-euclidienne, et la pure tension horrifique. Également habillé par une bande son, qui m'a rappelé du Akira Yamaoka dans mes pires instants de Silent Hill 2, on a véritablement un tout qui fonctionne du feu de Dieu, du moins pour ma part. En revanche, je sais que beaucoup de gens n'ont pas aimé l'histoire, décrivant le film comme "une vidéo qu'on aurait étiré pour faire un film" et qui n'aurait "pas grand-chose à raconter. Je suis profondément en désaccord, l'histoire est secondaire, la narration se fait par la psyché des personnages et de comment ils sont amenés à rentrer dans les Backrooms. C'est volontairement métaphorique à la manière d'un Silent Hill (on le retrouve.), je sais que ça ne plaît pas à plein de gens quand l'histoire n'est pas purement explicite, mais ce n'est pas mon cas, ça renforce son côté expérimental.

Non, moi, j'étais surtout inquiet sur les acteurs. Même si je les adore, j'avais peur qu'ils prennent trop de place dans ce projet, mais là encore, je me suis trompé en bien. Kane use énormément de la courte focale, donnant cette impression que les personnages sont tout petits par rapport à leur environnement. La star, ce sont les Backrooms et on le ressent constamment, on écrase les individus dans les décors toujours dans cette optique d'oppresser le spectateur, de nous rendre impuissants. L'affiche du film étant d'ailleurs un bon indice poussant littéralement la star de l'image pour ne laisser que le jaune nous envahir.


Car Kane Pixel, même dans la machinerie d'Hollywood, ne hurle pas moins son amour pour cette esthétique, l'horreur si caractéristique d'Internet. Et quand on est fan comme lui, quand on remarque tous ces petits easter egg qu'il nous a laissé (j'ai tellement souris quand j'ai entendu "Everyone Knows That" ou vu "Reverchon Estate"), c'est impossible de passer un mauvais moment devant cet accomplissement.


L'avenir des Backrooms est radieux, et celle de son instigateur l'est encore plus !

Valnight
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le 22 juin 2026

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Valnight

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