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Dead end suite
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le 18 juin 2026
Pour Clark, expliquer les Backrooms ce serait comme “décrire un chien à quelqu’un qui n’en aurait jamais vu, puis lui demander de le dessiner. Son dessin en saisirait peut-être l’essentiel, mais ne pourra jamais restituer avec précision quelque chose qu’il ne connaît pas.” Une simple métaphore qui vaut pourtant toutes les définitions du monde.
Le concept sera ensuite explicité de façon plus concrète, à travers un étrange plan latéral, faisant également office de teaser promotionnel. Chaque étage des Backrooms apparaît alors comme une copie du précédent. Mais une reproduction imparfaite, semblant générée par une intelligence artificielle, qui essayerait de recopier sans y parvenir, quelque chose qu’elle ne comprend pas. D’où ce sentiment de malaise, que nous avons tous ressenti face à ce genre d’images presque réalistes, mais rendues troublantes par une multitude d’anomalies visuelles. Et bien sûr, les décors semblent se détériorer après chacune de leurs reproductions.
Ici, c’est le magasin de Clark qui en fait les frais. Perdant peu à peu tous ses oripeaux, copie après copie, pour finir avec une version totalement dépouillée de sa boutique, dont ne subsiste que sa substantifique moelle : une grande bâtisse moche, avec quelques meubles au sol, ainsi que Clark lui-même, devenu littéralement le minotaure de son propre labyrinthe, dans lequel il s’est délibérément enfermé.
Les Backrooms apparaissent ainsi comme une allégorie de la psyché humaine. Elles remplissent la même fonction que la psychiatre de Clark, reproduisant en boucle la même dispute de couple avec son patient pour lui faire comprendre ce qu’il est au fond de lui. Les Backrooms sont en quelque sorte, une IRM de notre monde, le montrant tel qu’il est réellement, sans toutes les couches d’apparats qui le composent. Et ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard si l’institut Async chargée d’étudier le phénomène, était auparavant spécialisé dans la fabrication d’IRM.
Tout cela, il m’a fallut un deuxième visionnage pour le saisir. Mais je n’ai pas eu besoin de comprendre ce qu’étaient les Backrooms pour en avoir peur, bien au contraire. Le film est avant tout une extraordinaire expérience sensorielle. Elle se ressent plus qu’elle ne se réfléchie, et raisonnera différemment selon le vécu de chacun. Pour ma part, elles ont fait écho à des expositions d’art contemporain que j’ai pu voir durant mon enfance, et qui jouaient également sur des aménagements particuliers de l’espace à des fins allégoriques. Même si le but n’était pas forcément d’effrayer les visiteurs, l’austérité des pièces ; la musique et l’éclairage qui leur étaient associées ; ou la présence d’éléments étranges, disposés de façon incongrue ; me donnaient la sensation d’arpenter un autre monde, avec d’autres règles, et dans lequel je n’avais plus aucun repère.
Le film m’a fait l’effet d’un train fantôme, au sens noble du terme. La peur naît du voyage dans un décor anxiogène et de l’appréhension du danger, plus que du danger lui-même.
Évidemment les scènes en POV sont de loin les plus terrifiantes. Notre découverte des Backrooms étant limitée par l’image dégueulasse du caméscope et l’unique angle de vue de son caméraman. On appréhende alors encore moins l’espace autour des personnages et les dangers qui y rôdent.
Mais les autres séquences filmées de manière plus traditionnelle ne démystifient pas le lieu pour autant. Kane Parsons tirant profit de tous les moyens à sa disposition pour faire exister son univers, lui donner une matérialité et une ampleur que l’esthétique found footage n’aurait jamais pu lui conférer.
Cela passe par des procédés bien connus des amateurs d’horreur, mais toujours placés au bon endroit et au bon moment pour produire l’effet escompté sur le spectateur. Témoignant ainsi d’une remarquable maîtrise des codes du genre chez cet apprenti cinéaste de 20 ans, qui signe pourtant là son premier long-métrage.
En outre, c’est parce que Parsons prend le temps de faire exister ses Backrooms, de leur donner une ambiance par le biais de ses cadres, de son éclairage ou de son exceptionnelle bande-son ; qu’il arrive aussi bien à nous maintenir en haleine, juste avec des gonzs déambulant dans des couloirs pendant des dizaines de minutes. Preuve s’il en est que la gen Z n’a pas besoin d’être stimulé en permanence pour apprécier un film, mais qu’elle reste sensible à la puissance du cinéma, le vrai, celui qui sait porter son histoire et son univers par la seule force de sa mise en scène !
Comment ne pas ressortir enthousiaste devant ce véritable ovni, à la fois vrai film d’auteur onirique, et pur divertissement sensitif ? M’est d’avis que si il était sorti juste avant un autre premier film d’horreur, également réalisé par un youtubeur de 25 piges ; ce dernier aurait fait bien moins parlé de lui.
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