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Dead end suite
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le 18 juin 2026
Je ne sais pas pour vous, mais à Rennes, quand on sort d’une salle des Gaumont, on se retrouve dans un ensemble de couloirs et d’escaliers avec un peu partout des panneaux de sortie contradictoires, si bien qu’on n’est jamais tout à fait sûr de prendre le bon chemin, ni de se rapprocher de la sortie la plus rapide. D’où cette sensation étrange, une fois le film terminé, de prolonger l’expérience d’un espace qui échapperait à toute cohérence.
Tout en cherchant la bonne sortie, donc, et en espérant ne pas tomber sur un agent de sécurité de trois mètres de haut, avec des yeux globuleux et une mâchoire comme ça (ceux qui ont vu le film comprendront), je me faisais la réflexion que ce Backrooms synthétisait bon nombre de thématiques dans l’air du temps. Avec un côté foutraque et quelques facilités dans la réalisation, certes, mais bien malin quand même.
Le thème d’une démultiplication de l’espace, qui se traduit ici par l’extension incontrôlée d’un magasin de meubles, n’est en soi pas des plus originaux. La série La 4ème Dimension avait déjà brodé sur ce thème il y a quelques décennies, tout comme de nombreux films ou, en littérature, le roman aussi fascinant qu’illisible La Maison des feuilles. Mais là où le film de Kane Parsons devient intéressant, c’est qu’il se sert de cet espace fantasmagorique pour convoquer un certain nombre d’angoisses contemporaines.
Selon l’explication fournie par le scénario, cet espace labyrinthique serait une projection de la psyché de Clark. Une excroissance ayant poussé dans l’angle mort du réel et contaminant peu à peu le monde qui l’entoure. Pourquoi pas. L’idée a quelque chose d’un peu artificiel, mais elle fonctionne et laisse suffisamment de zones d’ombre pour que le film conserve une part de mystère.
Ainsi, Mary, la psychothérapeute, se retrouve aspirée puis prisonnière du délire de son patient. Confrontée à ses cauchemars les plus terribles. Puis, par contamination, aux siens propres.
Mais le film semble aussi interroger notre rapport au réel à l’heure où celui-ci se trouve de plus en plus concurrencé par les univers numériques.
On peut entrevoir en effet dans cet ersatz du réel une métaphore d’Internet et des mondes virtuels qui occupent une place toujours plus grande dans nos existences. Clark se retrouve fasciné par ce "terrain de jeu" comme un gamer avec son univers ludique favori.
Le décor du film, ces salles sans âme éclairées à la lumière blafarde des néons, ne sont pas sans rappeler les espaces collectifs déshumanisés (anciens hôpitaux, gare désaffectées, entrepôts abandonnés) que certains youtubeurs experts en urbex aiment à mettre en scène. Personnage principal du film, remarquablement photographié, ce décor incroyable contribue à entretenir tout au long du film un sentiment d'inquiétante étrangeté particulièrement réussi.
Enfin, les choses comme les créatures qui peuplent le labyrinthe de Backrooms, rappellent les tentatives maladroites des intelligences artificielles lorsqu’elles cherchent à reproduire le réel : objets bancals, mains à six doigts, architectures impossibles. Un monde absurde qui aurait été généré par une IA en phase de test. Terrifiant.
Toutes ces considérations se télescopaient encore dans mon cerveau lorsque je franchis une ultime porte métallique, me retrouvant dehors, à l’arrière du cinéma. La chaleur qui m’a alors saisi, dès la première seconde, semblait tout droit sortie d’un film de science-fiction.
J’ai aussitôt fait demi-tour, retournant dans les couloirs à la recherche d’un peu de fraîcheur.
Mais là, une tête terrifiante, pleine de dents sous sa casquette, me toisait du haut de ses trois mètres.
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Créée
le 24 juin 2026
Modifiée
le 26 juin 2026
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