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le 18 juin 2026
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Je suis sorti de la salle en me disant : « Mais qu'est-ce que je viens de voir là ?! »
Il m'a fallu un peu d'aide pour assimiler et comprendre ce que Kane Parsons avait mis dans ce film. Et à 20 ans (!!), ce jeune homme réalise déjà un travail que beaucoup de ses aînés pourraient lui envier. Je ne connais pas vraiment ce qu'il a fait sur Internet ; je sais seulement que ce film témoigne déjà d'un grand professionnalisme. Il faut en retenir deux choses : la maîtrise de la forme et celle du fond. Et c'est peut-être ce qui est le plus étonnant.
D'abord, la forme. Tout est parfaitement maîtrisé. L'ouverture n'est pas forcément originale (avec cette scène assez classique de la disparition précédente), mais le récit nous fait ensuite découvrir un homme au bord du gouffre. Et c'est à cela qu'il va falloir s'accrocher pour tout comprendre.
Clark (excellent Chiwetel Ejiofor) est un homme qui a vu toute sa vie prometteuse partir en lambeaux : carrière, rêves professionnels, compagne... tout est à terre. C'est dans l'alcool qu'il trouve une béquille, refusant d'accepter l'évidence et ses échecs pour pouvoir rebondir. Au contraire, il s'enfonce toujours davantage (l'effet « no-clip » ; les érudits saisiront la référence). Même sa psychologue (géniale Renate Reinsve) ne parvient pas à lui faire regarder son reflet dans le miroir. Peut-être parce qu'elle-même n'est pas au mieux non plus... Sous le vernis du professionnalisme apparaissent des failles qui ne demandent qu'à s'ouvrir. La narration nous emporte alors dans un univers dont on perçoit une certaine logique interne, mais une logique totalement déglinguée.
Kane Parsons a réussi son coup. L'ambiance vous prend, voire vous met mal à l'aise. Et elle vous fera sursauter aussi. Les séquences en found footage sont certes classiques, mais elles fonctionnent parfaitement. Et puis il y a cette couleur omniprésente... Sans parler de l'accompagnement sonore, subtil, angoissant, réactif. Le décor, ce labyrinthe fou, devient lui-même un personnage. On retrouve quelque chose de l'univers de Michel Gondry et d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind dans cet environnement. Dans les deux œuvres, l'architecture ne respecte aucune règle physique : elle obéit uniquement aux lois du cerveau. Si le personnage panique ou refuse de voir une vérité, la pièce se déforme, se referme ou l'éjecte. Avec des effets simples, parfois même un peu ridicules, Parsons crée une ambiance totalement maîtrisée qui fonctionne à merveille. Chapeau bas. Vingt ans, le môme ! Certes, il avait déjà acquis une maîtrise évidente dans ses productions sur Internet, où il s'était forgé une énorme réputation. Mais passer au long métrage avec un véritable casting est une autre histoire. Et c'est là qu'intervient le petit miracle : A24.
Le studio qui a profondément contribué à transformer le cinéma contemporain avec des productions atypiques et risquées a rapidement compris que les espaces liminaires constituaient un support idéal pour renouveler le film d'horreur. Il a accompagné l'aventure avec deux producteurs solides : James Wan (Saw, Insidious, The Conjuring...) et Shawn Levy (producteur de Stranger Things). Mais si les espaces liminaires sont devenus une tendance récente, largement nourrie par la subjectivité du joueur de Minecraft (jeu que Parsons connaît particulièrement bien, CQFD), l'angoisse existentielle qu'ils véhiculent n'a rien de nouveau.
Les cinéphiles penseront forcément à une référence incontournable : Stalker, d'Andreï Tarkovski. Ce film soviétique des années 1970 laisse lui aussi le spectateur sans voix lorsque le générique arrive. Chez Tarkovski, ce n'est pas seulement le concept d'une zone anormale qui importe, mais surtout la démarche philosophique : utiliser un espace vide et mystérieux comme un miroir de la conscience humaine, où le voyage est avant tout intérieur et psychologique, avec un possible non-retour. Backrooms s'inscrit dans cette même tradition, et je vous assure que c'est un immense compliment.
Mais c'est peut-être le fond qui surprend le plus. Comment un adolescent ou un jeune adulte a-t-il pu comprendre avec autant de précision les méandres d'une psyché malade ? Les angoisses de la dépression et leurs effets délétères ? Qu'un réalisateur de cet âge maîtrise les outils numériques et la mise en scène est déjà une performance remarquable. Mais qu'il possède également cette maturité psychologique, presque clinique, pour structurer son récit en est une autre. À seulement 20 ans, Kane Parsons démontre une intuition rare des mécanismes de la névrose humaine. Cette capacité à associer une esthétique ultra-moderne, générationnelle et issue du jeu vidéo à une profondeur d'écriture presque psychanalytique révèle un auteur complet, bien au-delà du simple « phénomène YouTube ». C'est un réalisateur qu'il faudra suivre de très près dans les années à venir.
Si vous pensez qu'un phénomène YouTube ne mérite pas le déplacement, vous vous trompez lourdement. Car même si 80 % de ce qui sort du Net semble parfois sortir tout droit d'une poubelle, on y trouve aussi des pépites. Et Backrooms en est une.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
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