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Sans doute l'un des films qui me poursuit le plus depuis plusieurs semaines. Le récent visionnage de Disclosure Day de Spielperg m'a donné envie d'écrire ce texte tant ces deux films semblent s'opposent. D'un côté, un cinéaste chevronné convoque un imaginaire usé, figé dans une idée d'un cinéma anachronique. De l'autre, un réalisateur d'à peine vingt ans, venu de YouTube, signe une œuvre qui regarde ailleurs et trouve une forme de fraîcheur sans jamais renier ses origines.
J'avais vu les vidéos originales des Backrooms sur YouTube. L'expérience était aussi fascinante qu'addictive parce qu'elle tenait autant aux images qu'au médium qui les accueillait. YouTube est un flux continu de vidéos aux provenances troubles où les archives côtoient les canulars, les captations anonymes et les créations les plus diverses. Dans un tel espace, le found footage s'impose presque naturellement. Le cinéma, lui, repose sur un autre contrat. En entrant dans une salle, on accepte d'emblée l'idée d'une fabrication. Même lorsqu'il reprend les codes du found footage, le dispositif perd une partie de son pouvoir d'illusion.
Je craignais donc que le passage au cinéma fasse disparaître ce qui constituait la force des Backrooms, cette impression troublante de tomber sur des images qui n'auraient jamais dû être vues. Le film prend pourtant une direction inattendue. Il renonce très vite à l'illusion documentaire pour assumer pleinement la fiction. Il ne cherche jamais à reproduire l'expérience de YouTube. Il comprend que ce serait une impasse. À la place, il s'approprie la légende et trouve une véritable forme cinématographique.
Cette réussite tient autant au scénario qu'à la mise en scène. Le réalisateur conserve son regard sur les Backrooms tandis que le scénariste transforme cette légende d'Internet en véritable récit de cinéma. Les images cessent d'être une accumulation de situations étranges pour s'organiser autour de deux personnages. Un vendeur de meubles au bord de la faillite, mis à la porte de sa maison par sa femme et qui s'enfonce dans l'alcool. Une psychologue hantée par son passé et par le souvenir d'une mère agoraphobe. Tous deux entretiennent un rapport blessé à l'espace domestique. La maison n'est plus un refuge mais une prison, un manque ou un souvenir. Dès lors, les Backrooms n'apparaissent plus comme un monde parallèle, fantastique ou infernal. Elles deviennent le prolongement déformé du nôtre, un écho, le souvenir d'un souvenir, des fragments de lieux familiers que le temps aurait vidés de toute présence. (Bon, ça c'est clairement dit dans le film)
Cette porosité s'incarne par l'homogénéité de la mise en scène. Les Backrooms et le monde réel sont filmés avec la même grammaire. Même grand angle, mêmes couleurs pastel, même fluidité des mouvements. Le travelling vertical qui clôt le film résume à lui seul cette continuité. Le bureau du protagoniste en dit tout autant. Dépouillé de ses objets personnels, il pourrait déjà appartenir aux Backrooms. Le fantastique ne surgit pas d'un ailleurs mais d'un léger déplacement du réel.
Le film hypnotise par sa lenteur. Les séquences d'exploration se succèdent sans jamais épuiser leur pouvoir de fascination. Au contraire, on en redemande. Il y a quelque chose de profondément captivant à errer dans ces espaces où quelques éléments familiers, une chaise, une découpe en carton, un couloir de bureau, nous poussent sans cesse à chercher une logique. Les Backrooms, c'est notre monde privé de certaines règles que nous pensions immuables. Carson retire quelques évidences architecturales et révèle à quel point notre perception du réel repose sur un équilibre fragile. C'est cette mise à nu qui provoque l'angoisse.
Ce labyrinthe froid et désert ne révèle finalement rien d'autre que la solitude de ceux qui le traversent. Derrière son imaginaire viral, il ne raconte pas l'irruption d'un monstre tapi dans les couloirs mais celle d'un vide que chacun porte déjà en soi. Plus qu'un film d'horreur, Backrooms met en scène une angoisse existentielle. Une œuvre qui rappelle parfois le vertige Lovecraftien. Et ça, ça fait plaisir.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2026
Créée
le 31 juil. 2026
Critique lue 14 fois
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