Il y a quelque temps, lorsque mon neveu m’a demandé si j’irais voir Backrooms au cinéma, je lui ai répondu : « Back quoi ??? » Il me répond alors avec affront que c’est le film d’horreur le plus attendu de l’année et qu’il est réalisé par un mec sur YouTube qui fait des vidéos type found footage depuis qu’il a une quinzaine d’années. Pour moi c’était : jamais entendu parler et totalement inconnu au bataillon. C'est dire à quel point le long-métrage du jeune youtubeur Kane Parsons, âgé d’une vingtaine d’années, ne titillait pas mes désirs de vieux cinéphage et que son film ressemblait a priori à un produit de son époque pour un public dont je ne faisais pas forcément partie. L'association du projet avec le studio A24 a commencé à titiller ma curiosité, le retour positif de mon neveu et la possibilité de voir le film durant la Fête du Cinéma m’ont finalement décidé à regarder Backrooms en salles sans rien connaître des origines du projet et du travail précédent de son jeune réalisateur. Me voilà donc dans une salle presque uniquement occupée par des adolescent(e)s et, après un peu moins de deux heures, le verdict tombe : « Putain, j’ai pô tout compris mais c’était vachement cool ! »


Backrooms raconte donc l’histoire de Clark, un type qui découvre une mystérieuse pièce en traversant un mur dans les sous-sols du magasin de meubles où il travaille. Cette pièce n’est en fait que la première d'une sorte d’immense labyrinthe qui semble sans fin. Après sa mystérieuse disparition, sa psy décide de partir à sa recherche….


Pour commencer, je ne vous ferai pas l’article sur l’origine des backrooms et sur l’historique du phénomène, car ce ne serait que répéter bêtement les propos de personnes qui connaissent réellement le phénomène. Je le répète encore une fois, c'est l’esprit complètement vierge que j’ai abordé le film de Kane Parsons, presque aussi vierge qu’une de ces fameuses pièces vides. Je ne me lancerai pas non plus dans des théories fumeuses qui visent à expliquer l’insondable et ceci pour une raison bien précise : c’est justement le mystère singulier et inquiétant du film qui me séduit. Alors bien sûr, il est ici question d’architecture mentale, de construction-déconstruction des souvenirs, de pensées subconscientes, de traumas enfouis, mais ce que Kane Parsons a voulu dire ou raconter, à la limite, je crois que je m’en cogne un peu, ce qui ne m’empêche d’ailleurs aucunement d’apprécier le film essentiellement pour son ambiance horrifique.


Je sais que c’est une expression un peu facile et toute faite, mais Backrooms ressemble à un insondable cauchemar dans lequel des bribes de réalité se retrouvent distordues par d’inquiétants détails et une oppressante ambiance sonore. Ce n’est pas un vieux brûlé sadique adepte des mauvais rêves qui va regretter de se retrouver dans une ambiance aussi familière. Même lorsque Kane Parsons adopte les codes du found footage (sous-genre que j’ai de plus en plus de mal à supporter), il le fait avec une formidable aisance et un vrai sens de la mise en scène. Si on pouvait craindre, comme c’est souvent le cas, d’interminables explorations de couloirs et d’espaces vides inquiétants en attendant le jump scare de circonstance, on se retrouve ici dans une progression tendue de bout en bout où chaque pièce réserve de nouvelles angoisses, de nouveaux décors étranges et de nouveaux détails qui viennent créer un indicible malaise. La seule séquence avec la pièce qui contient le sapin de Noël met clairement à l’amende 95 % des found footage de ces dernières années. Mais Backrooms ne fonctionne pas simplement sur les ressorts de la vue subjective et de l’immersion, on se retrouve dans un film hybride avec, dans la grande majorité du temps, des prises de vues classiques. Quelques ambiances lynchiennes, un jeu constant sur la distorsion des espaces, des proportions et des perspectives, une ambiance sonore angoissante ultra-travaillée (Kane Parsons signe également la très bonne bande originale du film), un sentiment de réalité alternative qui flirte avec le surréalisme, suffisent largement à faire de Backrooms une expérience horrifique assez unique et un film qui n’a pas vraiment d'équivalent dans le paysage cinématographique actuel. Plutôt que de tordre mes trois pauvres neurones à tenter de comprendre le pourquoi du comment, je me suis doucement laissé engourdir par l’ambiance pesante du film comme dans un cauchemar moite à la fois fascinant et effrayant, comme cette envie de pousser toujours une nouvelle porte tout en sachant que de potentielles horreurs se cachent derrière.


À vingt ans, Kane Parsons (réalisateur, scénariste, compositeur) signe un film original, maîtrisé et véritablement angoissant. On ressort de Backrooms avec des tonnes d’images fortes et perturbantes dans la tête, mais aussi mille questions sans réponses, ce qui est loin de me déplaire en tant que spectateur. En tout cas, le film donne envie d’explorer l’univers YouTube du réalisateur et d’attendre son prochain film avec, cette fois-ci, une certaine impatience.

freddyK
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le 30 juin 2026

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