Backrooms est l’un de ces rares films qui semblent exister dans un espace intermédiaire, quelque part entre le rêve, le jeu vidéo et le cauchemar numérique. Là où beaucoup d’œuvres inspirées d’Internet se contentent de recycler leur matériau d’origine, Backrooms parvient à transformer un simple mythe visuel en véritable expérience sensorielle.

Ce qui frappe d’abord, c’est cette sensation permanente d’égarement. Les couloirs jaunâtres, les pièces vides et la répétition infinie des espaces évoquent une version contemporaine d’Alice au pays des merveilles. Comme Alice tombant dans le terrier du lapin, le spectateur bascule dans un univers régi par une logique insaisissable. Mais ici, le merveilleux a disparu : il ne reste qu’un sentiment d’étrangeté froide, presque clinique.

Le film joue également avec l’absurde d’une manière qui rappelle parfois Quentin Dupieux. Non pas dans l’humour frontal ou la satire, mais dans cette capacité à accepter une prémisse impossible sans jamais chercher à la justifier. Les règles du monde demeurent opaques, et c’est précisément cette opacité qui nourrit le malaise. On avance dans le récit comme dans un rêve dont on comprend intuitivement les mécanismes sans jamais pouvoir les expliquer.

Visuellement, Backrooms impressionne par son économie de moyens. L’absence de repères humains transforme chaque espace en personnage à part entière. Les murs semblent observer, les couloirs semblent respirer. Le vide devient une présence. Cette approche confère au film une puissance évocatrice que beaucoup de productions plus ambitieuses financièrement peinent à atteindre.

Cependant, cette radicalité constitue aussi sa principale limite. Certains spectateurs pourront trouver l’expérience répétitive ou frustrante, tant le film privilégie l’atmosphère au récit. Mais c’est justement dans ce refus des conventions narratives que réside son identité. Backrooms ne cherche pas à raconter une histoire classique ; il cherche à recréer une sensation, celle d’être perdu dans un lieu qui ne devrait pas exister.

Au final, Backrooms ressemble à la rencontre improbable entre Alice au pays des merveilles, un forum Internet hanté et l’absurde métaphysique cher à Quentin Dupieux. Une œuvre déroutante, parfois inconfortable, mais suffisamment singulière pour laisser une empreinte durable dans l’imaginaire du spectateur.


Thomas_Osx
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le 5 juil. 2026

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Thomas Osx

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