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Dead end suite
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le 18 juin 2026
Le thread et la photo originale
Le commentaire de ce thread qui a tout déclenché, posté par un anonyme, est celui-ci :
If you're not careful and you noclip out of reality in the wrong areas, you'll end up in the Backrooms, where it's nothing but the stink of old moist carpet, the madness of mono-yellow, the endless background noise of fluorescent lights at maximum hum-buzz, and approximately six hundred million square miles of randomly segmented empty rooms to be trapped in
Soit en français :
Si vous ne faites pas attention et que vous faites un noclip (ndlr : bug de jeux vidéo qui vous fait passer à travers les textures d'un niveau) hors de la réalité au mauvais endroit, vous allez terminer dans les Backrooms, où il n'y a rien d'autre que la puanteur d'une vieille moquette moite, la folie du jaune uniforme, le bruit de fond incessant des lumières fluorescentes bourdonnant à leur maximum, and environ six cent millions de kilomètres carré de salles vides agencées aléatoirement et dans lesquelles se retrouver piégé
Trois films de YouTubers qui sortent sur nos écrans en 2026 : le générationnel Obsession, le huis-clos Iron Lung (que je n’ai pas encore vu), et l’adaptation de l’un des phénomènes internet les plus prolifiques de cette dernière décennie (aux côtés de la Fondation SCP) par l’un de ses plus forts représentants : Backrooms. Si je n’ai pas suivi assidûment le travail de Kane Pixels, entamé via des vidéos rendues sur Blender alors qu’il avait tout juste 14 ans et se basant sur le thread 4chan en lien plus haut, j’ai tout de même vu, comme 85 millions de personnes, son court-métrage qui l’a consacré et lui a ouvert les portes d’Hollywood alors qu’il n’avait que 16 ans, pour aboutir aujourd’hui, à ses 20 ans, à son premier film.
Le jeune homme a pris quatre ans pour aboutir à cette sortie salle, en prenant le temps de bien s’entourer, de bien réfléchir à son projet et à ce qu’il veut en faire, sans céder aux sirènes d’un fric facile. C’est déjà en soi une preuve de maturité et de recul assez rare pour un âge si peu avancé (au même âge je me branlais encore bien la nouille avec mes copains, inconscient et bienheureux, et surtout peu projeté dans mon avenir). Kane Pixels, redevenu Kane Parsons pour ce passage sur grand écran, a donc choisi A24 pour l’accompagner et nous livrer une œuvre imparfaite mais prometteuse.
L’ancrage de l'intrigue dans les années 90 a plusieurs justifications. S’il vient évidemment poser un contour fixe aux possibilités narratives (pas de téléphones portables et autres outils facilitateurs pour les protagonistes), il vient également définir un rapport au réel pour le spectateur via l’emploi du grain de la VHS, texture familière qui fait d’une pierre deux coups en brouillant également le perceptible via sa piètre qualité. En découle ces séquences en found footage plutôt efficace, retour aux sources Blairwitchiennes du genre, tout en respectant l’héritage creepypasta des Backrooms. Un choix d’époque utile et logique donc, malgré que le vidéaste devenu réalisateur n’y ait jamais vécu.
A l’inverse d’Obsession, qui lui briguait une horreur plus pop-corn, Backrooms verse dans le psychologique plus posé, à peine définissable comme de l’horreur pure, tirant plutôt vers le fantastique. L’occasion d’utiliser ces endroits d’un quotidien déformé, mal remémoré, pour peindre la psyché fracturée des personnages qui refusent de sortir de leur propre boucle mentale néfaste. Le monstre c’est nous, et autres “si tu regardes longtemps dans un abîme, l'abîme regarde aussi en toi” font le beurre de Kane Parsons.
Mais au-delà de cela, tous les espaces présentés sont inquiétants, même hors desdites backrooms. Les espaces liminaux avec juste ce qu’il faut de décalage pour créer le malaise ne se contentent ainsi pas d’être l’apanage du fantastique, mais viennent refléter une inquiétude urbaine, portraire l’aliénation rampante de nos sociétés occidentales. Pas besoin d’être en péril mental pour subir les affres de cette conceptualisation pop-art mal dégrossie de nos quotidiens uniformisés : banlieues sans âmes de maisons Monopoly, centre commerciaux désaffectés trahissant les échecs de quelques commerciaux, disparition progressive des couleurs dans les designs de l’industrie. On n'avait pas fait aussi bien dans la reproduction à grande échelle depuis Gutenberg.
Que de tels sujets viennent abreuver le film de Parsons témoignent également de la maturité de l’artiste. Et si un dernier quart un tantinet trop explicite et une métaphore pas toujours fine montrent qu’il manque de vécu pour apporter du poids à son argumentaire, l’intention n’en est pas moins louable. D’autant plus qu’il sait ménager son mystère, et garde la substantifique moelle de ce qui fonctionne dans la creepypasta originelle : l’absence de réponses. Tout juste dissémine-t-on des miettes de pain ouvrant encore plus de questionnement sur le pourquoi du comment, sans jamais clore le débat dans l’imaginaire du spectateur.
Alors oui, Backrooms est parfois maladroit, et étire sur pas loin de deux heures un concept initialement voué à l’immédiateté des réseaux. Mais il est également pétri d’une minutie qui fait plaisir à voir, d’une réflexion poussée sur le changement de médium. Voir cette approche chez un cinéaste aussi jeune est rare, très rare, et ne permet que d’espérer le meilleur pour la suite de la carrière de Kane Pixels/Parsons. Il paraît qu’il est très tenté par une adaptation du jeu Portal (qu’il obtiendra probablement au vu du succès en salles monumental de Backrooms - 10m$ de budget pour 350m$ de recettes à ce jour). Avec un tel concept, et un tel premier film, je demande bien évidemment à voir!
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films avec Chiwetel Ejiofor, Les meilleurs films A24, Les meilleurs films adaptés d'une série TV, Vu en salle, c'est du propre et Les meilleurs films d'horreur des années 2020
Créée
le 6 juil. 2026
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