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le 18 juin 2026
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Il faut déjà dire que je n’avais jamais entendu parler du phénomène des backrooms, avant ce film. Pour moi, le terme était associé à autre chose, mais bref, ce n’est pas le sujet. J’ai eu l’impression étrange de débarquer dans un univers parallèle, vraiment, en écoutant ou lisant quelques papiers consacrés au film. Il s’inspire donc de ce mouvement apparemment très connu notamment sur YouTube, les liminal spaces et creepypastas : espaces liminaires et légendes urbaines, en gros. Des lieux vides, infinis, abandonnés (couloirs, parkings, open-spaces) surréalistes dans lesquels on cristallise ses angoisses et fantasmes.
C’est d’ailleurs de là que vient son auteur, Kane Persons (Kane Pixels, dans le milieu) qui n’a que vingt ans et semble déjà être une méga star sur la toile, grâce à un court métrage devenu viral puis à une web-série déclinée semble-t-il de ce court métrage. Bref, je débarque. J’ai l’impression d’être un dinosaure. Et dans le même temps, j’adore l’idée de découvrir cet univers. De voir qu’il fascine tant les jeunes : notre salle était pleine et full generation Z. Et puis découvrir un cinéaste, un gamin, bordel. À qui on a filé dix millions de dollars pour faire un film, qui va en rapporter cinquante fois plus, au bas mot.
C’est l’histoire de Clark (Chiwetel Ejiofor) architecte raté, récemment divorcé, qui gère un magasin de meubles au bord de la faillite. Il consulte Mary, une thérapeute (Renate Reinsve) qui elle est sujette à un trauma enfantin lié à une mère agoraphobe. Deux psychés malades, qui vont entrer en collision, quand Mary part à la recherche de Clark, qui a disparu, mais qui lui avait parlé d’un étrange espace dans les murs de son magasin. C’est un tableau qui fait déjà état de l’impasse de la psychanalyse et du développement personnel, mais qu’importe, je ne pense pas que l’intérêt du film se joue là-dessus.
Et donc, un jour, Clark découvre une porte dans le mur du sous-sol de son magasin. Une porte qui le mène dans un autre monde. Une copie labyrinthique de son magasin, avec une architecture incohérente, comme si elle avait été générée par une intelligence artificielle mal paramétrée. Un magasin de meubles qui cache un magasin sans meubles. Avec des pièces jaunes, dotées de moquette et papier peint jaune ; un perpétuel bourdonnement de néons ; et une segmentation aléatoire, peuplée d’entités surnaturelles. C’est à la fois fascinant et terrifiant.
Le décor est déjà un spectacle unique en soi. Et on l’arpente, cette architecture, ce dédale. C’est aussi un film d’exploration, qui provoque une terreur inédite à partir de visions cauchemardesques nouvelles causées par des déformations du réel, parfois quasi invisibles (une tâche, un mur qui dépasse, une perspective bizarre) parfois énorme (une chaise renversée, un trou béant dans une cloison, un sol, un plafond) qui peut faire écho aussi bien aux Montres molles de Dali qu’aux lithographies d’Escher.
Mais on peut tout aussi bien faire des ponts avec le Shining, de Kubrick, la Black Lodge de Lynch, penser au Cube de Natali, à l’esthétique du Saul Bass de Quest ou Phase IV, une scène de repas cauchemardesque qui fait un lointain écho à Massacre à la tronçonneuse. D’autres semblent évoquer La maison des feuilles, le roman conceptuel de Mark Z. Danielewski qu’il faut paraît-il avoir lu au moins une fois dans sa vie et qui aurait inspiré le monde des backrooms. Et pourtant, je ne serais pas si surpris d’apprendre que Parsons n’ait pas ces références, tant son film ne semble jamais écrasé par quelconque héritage.
Certes, j’ai parfois vu le scénario arriver un peu trop en renfort, comme si l’on craignait que les images ne suffisent pas. Mais le voyage dans son ensemble est une vraie belle promesse, une grande trouvaille, quelque chose de rare tant il fait vivre cet espace, cette matière et semble nous dire qu’il y a mille autres espaces derrière. J’ai trouvé ça très fort et pour le coup très angoissant cette idée de monde ouvert, immense, infini dont on nous offre qu’une infime parcelle. Des facilités ici et là (propres aux productions A24) il y en a mais des fulgurances qu’on ne voit jamais aussi.
Et la partition sonore du film est folle. Toute en nappes, bourdonnements et textures industrielles. Et le film s’achève sur « The word becomes flesh » de Boards of Canada, tiré de leur album Inferno, sorti cette année. Moi ça me rend euphorique qu’un film se termine ainsi. C’est comme ça. J’ai adoré ce voyage. Ce cauchemar sans fin. Cette plongée dans cet univers. Il y a quelque chose de l’urbex numérique, post humain, qui me fascine là-dedans au point d’avoir très envie de jeter un œil à ce phénomène, aux précédents travaux de Kane « Pixels » Parsons. Et pourquoi pas retourner voir Backrooms, en fait.
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