Baise-en-ville, le deuxième de Martin Jauvat, est une bonne comédie comme il y en a peu dans le paysage audiovisuel français. Emprunt d'une grande fibre sociale sur la paupérisation de la société, la comédie made in Seine-et-Marne parle de territoire, de transport et de santé mentale avec tendresse et complexité. L'intrigue n'est pas compliquée à suivre, bien que truffée de subtilités joliment référencées, mais les personnages le sont, à commencer par les deux principaux, incarnés à merveille par Martin Jauvat et Emmanuelle Bercot, sa monitrice d'auto école, puis confidente et coach en intimité et sexologue. Quant à Hazavanicius, Lebghil et Chassagne, un trio de seconds rôles écrit sur mesure : à ce niveau là, y a plus qu'à lire le texte...
On pense parfois à Dupieux, dans les détours par l'absurde et autres start up gentiment grinçantes, à Tati, par ses passages immobiliers et burlesques, son rythme faussement lent et vraiment comique, mais aussi et surtout à "Martin Jauvat ©" qui, en deux films, parvient à se faire une place d'auteur parmi les réalisateurs français de comédie. On pourra trouver une scène un peu longue, impliquant la police, et quelques phrases rappelant le politiquement correct un peu trop facilement plaquée (et encore, bafouillées comme elles le sont, c'est très drôle), mais le rythme laisse le temps aux blagues et aux gags d'exister, et on respire mieux.
Couleur rose bonbon, Baise-en-ville aborde autant la baise que la ville, avec une modernité extrêmement bien écrite et maîtrisée. Chelles aussi est une fête, et s'il faut nettoyer les pavillons après, autant qu'on en profite. À noter un cameo présidentiel en carton particulièrement savoureux, et qui donne tout son sens au film... Une séance agréable où les rires fusent de part et d'autre de la salle.
La collaboration future de Martin Jauvat avec Éric Judor pourrait bien faire des "étinchelles".