La première heure, qui est bien meilleure que le reste, consiste à mener le concours de la tentation et de la retenue à son paroxysme. Maison opulente immaculée, surplombant en impératrice les flots passionnels des fracas de la mer, prête à s'y jeter. Il en va de même du premier rapprochement buccale entre Nick et Trameil : quelques fébriles centimètres de résistance, mais une durée qui solidifie la lutte.
Nick enquête autant sur le meurtre que sur la sincérité amoureuse de Trameil. Bien sûr, chacune de leur interaction c'est pour lui deviner ses pensées, il traque la gestuelle, les regards, les paroles, aucune scène d'amour ni d'apitoyement n'est épargnée, tout est un potentiel indice, il faut pas se laisser aller à l'incrédulité et aux petits sentiments, même devant la plus angélique des bipèdes sans plume (et le mixage sonore est bien là pour nous le rappeler!). Elle se pavane d'être la plus belle, tombons y amoureux, et d'être la plus intelligente, jouons le jeu.
De toute façon, Nick a beau être son pantin, ils finissent tous deux par être les pantins de la passion amoureuse.
Le plaisir luciférien brute de leur interpénétration, dans cette chambre peinte à la chaleur cuisante des corps, semble l'emporter par sa simple intensité. Roxy en devient jalouse, malgré son voyeurisme coutumier, sentant que cette fois quelque chose s'était enflammée, même si Trameil fait les habitués.
Sharon Stone joue une succube. Elle n'existe pas, c'est un songe sorti des fantasmes masculins, on lui donne tout : génie, malice, irrésistibilité. Elle nous apparaît à la première séquence comme cette tueuse au corps idéale et au visage dissimulé par les balayements de ses cheveux bonds. Bref, entité désincarnée, femme fatale du début à presque-la-fin :). (Normal que son arme fétiche soit le pic à glace à la forme pointue et phallique.)
SPOILER. La dernière séquence met au point un élément : Trameil est au moins submergée une fois par une pulsion amoureuse. On surinsiste tout le film sur son génie psychologique, pour cet effet de retournement final qui redonne au titre son sens entier, mais je pense ça reste assez chère payé. Le propos est un peu trop dépendant de ce dénouement et de cette révélation finale, à mon goût. C'est ce défaut qui accompagne la dernière heure, on tombe dans les ornières banalisées et stériles du whodunit, en complexifiant gratuitement l'intrigue.