7
le 28 févr. 2018
SuivreComing out of Africa
Alors qu’on n'attend plus rien du mastodonte Marvel, qui ne cesse de ronronner même dans les supposées nouveautés de sa franchise (les promesses non tenues du deuxième Gardiens de la Galaxie, la...
L’avis avec spoil :
mon mari : on va revoir ce film anglais que je n’avais pas aimé ?!
moi : Ça n’a rien à voir, c’est un film de super-héros.
mon mari, dépité : ... On peut pas revoir l’autre finalement ? Tu avais aimé, toi...
J’étais plutôt bien disposé à l’égard de Black Panther : un nouvel univers à découvrir, des Noirs à l’honneur et l’engouement des copains qui motive... mais les éléments négatifs, que j’essayais d’occulter sur le moment, ont fini par prendre le dessus.
- C’est le dernier qui a parlé qui a raison -
Le hold-up sémantique : la franchise Marvel invisibilise le mouvement des Black Panthers. Certains objecteront que c’est l’occasion pour le public de se documenter, je trouve ça spécieux. Le public en est-il capable ? En a-t-il le désir ? Est-il même conscient que ce mouvement existe ?! Nous sommes dans la lignée de Vinci qui fait des autoroutes, Thalès de l’armement, Socrate des outils de management, ou de Picasso et Tesla devenus des bagnoles : dans le vol du langage. Reste à savoir à qui profite le crime.
Le concept de Wakanda est tellement bancal que sa justification devient le principal sujet du film. On peut imaginer ce qui a conduit au scénario mais ça ne l'excuse pas. Vouloir utiliser des visions irréconciliables mais valides de voir les choses - à la façon d’un Professeur Xavier et d’un Magneto - c’est dynamique. Offrir une image positive de l’Afrique, une société de progrès sans le cliché occidental de la blouse blanche et du costard, c’est louable.
Mais cette Afrique de Disneyland, qui met un continent complexe dans un royaume symbolique, peine à rendre justice aux cultures africaines. Leurs problèmes, comme ceux des Afro-descendants, ne sont qu’un terrain de jeu narratif désinvolte. Un zoo humain de fête foraine qui réduit le continent à une couleur de peau, oubliant au passage l’Afrique du Nord.
- Mémoire qui flanche -
Le mélange entre high-tech et féodalité est dérangeant, et politiquement inconsistant. Si c’est une société avancée par sa technologie, pourquoi est-elle féodale dans sa constitution ? Doit-on rappeler que l’image du roi en Afrique est plutôt associée aux dictatures depuis un siècle ? Le rôle positif de la CIA est d’ailleurs perturbant vu son action réelle (assassinat de leaders communistes et soutien aux dictateurs). On voudrait réécrire l’histoire qu’on ne ferait pas mieux.
Comment percevoir tous ces choix en regard des vrais Black Panthers, un mouvement de gauche prenant modèle dans les luttes syndicales, qui inspirera à son tour d’autres communautés, comme les LGBT ? Tout le sens de la solidarité, de l’action collective, du one man, one vote est fossoyé par ce concept de pays féodal et cette mystification des faits.
Le film ne cesse de renvoyer les Wakandais à un certain primitivisme. Le combat au corps à corps dans la nature en est le meilleur exemple. La totémisation animale pourrait passer mais l’homme-gorille, hostile et négatif, implique une sauvagerie telle que façonnée par l’esprit colonial. On flirte avec les clichés racistes de base. J’entends les cris de singes dans les stades…
Par erreur ou par calcul, le film joue constamment avec des éléments qui ne sont pas sur la même échelle. Son confusionnisme favorise des valeurs et des clichés douteux. Le panafricanisme réel méritait mieux !
- Peinture noire au rendu blanc -
Killmonger rejoint un type de méchant stéréotypé de ces dernières années (j’en ferai certainement une liste) : Le Vilain aux motifs louables. Un cliché qui associe des concepts valables à un personnage dérangé, décrédibilisant les valeurs en question. Ne laissant que l’immobilisme et le statu quo bourgeois comme alternative raisonnable. Et qui représente les idées des Black Panthers ? Le fou dangereux !!!
Il est amer que le film reste sourd au contexte réel : Fruitvale Station, Black Lives Matter ou l’ICE sous Trump... Les manœuvres du film copient les techniques de com’ faisant passer des militants légitimes pour des fauteurs de trouble. On pensera aux infâmes discours du pouvoir en place sur les Gilets Jaunes, les Soulèvements de la Terre, leurs morts et leurs blessés. Calomnies intemporelles pratiquées de Spartacus à la Commune !
T’Challa finit par opérer une ouverture pour sauver cette histoire. Mais ce n’est qu’une énième supercherie apolitique, à l’image de ces personnalités vendues comme progressistes mais qui servent d’abord le capitalisme (Kennedy autorisant le napalm, Barack Obama maintenant Guantanamo...). Il incarne le mythe du philanthrope, celui du milliardaire de la tech et de sa fondation hypocrite : la charité pour éviter la solidarité et ne rien changer.
La promotion de la paix et de la diplomatie est donc viciée, un cheval de Troie pour décrédibiliser l’activisme politique, au lieu d’être son complément. Les Black Panthers n’ont jamais eu l’ambition d’être une nation, ni de renverser un pouvoir pour imposer une dictature et encore moins de s’attaquer à d’autres pays. C’est un mouvement d’opposition à la ségrégation. Pourquoi mélanger les préoccupations d’un tel groupe, au travers d’un Killmonger, avec les prétentions d’un royaume souverain ?
Ce film est de la bouillie de pensée. Les œuvres populaires peuvent pourtant s’emparer de thématiques complexes et universelles, pour preuve les X-Men d’origine. Ou savoir rester à leur place de film de divertissement à la légèreté assumée. Ici c’est de la distraction pour détourner les esprits, des tours de passe-passe. Black Panther invente une africanité floue, pour Blancs en mal de bien-pensance et Afro-Américains en quête de racines, et se dédouane de toute portée politique. Business is business.
- L’œuvre populaire comme excuse à la médiocrité -
Quitte à repomper les X-Men et Wonder Woman, ce que le film fait allègrement, je me serais contenté d’un Black Panther à la fois Wolverine et Batman. Aidé d’une Black Team, il aurait traqué le racisme, aux USA ou ailleurs, et j’aurais laissé le pays imaginaire en toile de fond. Car ce n’est pas le cahier des charges woke qui me rebute, c’est l’œuvre paresseuse et malhonnête. Comme dans les nouveaux Star Wars, où je me suis réjoui que l’héroïne soit une fille, c’est le copié-collé pour fanboys et sa visée commerciale qui m’ont fait enrager.
Maintenant que le temps a passé, je ne trouve même pas le film mémorable pour son divertissement. Des combats quelconques et des effets numériques de leur temps. La soupe visuelle de l’époque qu’on voulait nous faire prendre pour des lanternes. Ça parlemente beaucoup, les ennemis intérieurs plombent l’ambiance, et la jubilation des films de super-héros populaires est tout simplement absente. Là où j’espérais un Superman noir, on m’a servi la Menace Fantôme, sans les qualités.
L’uchronie comme terrain de jeu a ses limites. Black Panther est un peu raciste sans le savoir, fait de l’appropriation culturelle sans le croire, et offre un petit lavage de cerveau sur l’histoire, comme pour ne pas déranger les véritables forces à l’œuvre dans le capitalisme, ni l’exploitation esclavagiste.
À part le cast black - un cast de parvenus, étrangers à la cause qu’ils prétendent défendre - que reste-t-il ?*
Black Panther n’était pas un film sur les Black Panthers, c’est évident. Était-il obligé d’aller si loin dans la négation du terme d’origine ?
_JVT_
* Tout ce foin alors qu’un autre film grand public, bien plus réussi, au casting Noir, sans gentil blanc, avec les femmes au centre du propos, beaucoup moins contestable politiquement, existe déjà : La Couleur Pourpre. C'est loin, certes, et l'on peut déplorer l'absence de film de cette envergure pendant 30 ans. Mais Black Panther reste un non évènement au vu de son apolitisme.
P.S. : J'ai hésité à faire ce texte, ne me sentant pas sûr de mes souvenirs. Mais en faisant mes recherches pour le rédiger, je suis tombé sur des articles m’indiquant que je n’avais peut-être pas tout à fait tort. En voici un : https://www.multitudes.net/super-heros-noirs-masques-blancs-le-mirage-du-film-black-panther/
J’en citerai cette phrase : « Black Panther s’est refusé à mettre en scène des super-héros antiracistes luttant pour la justice sociale. »
J'aurais pu m'en tenir là. C’était suffisant comme critique mais ça m’aurait empêché de travailler mes propres idées. À l’inverse, je reconnais avoir laissé de côté beaucoup de choses, ma critique étant bien assez longue comme ça (la place des femmes, le vibranium/uranium et l’exploitation minière en Afrique, etc.). Je vous invite donc vivement à lire cet excellent papier.
P.P.S. : Cette autre critique développe un argument supplémentaire intéressant : Le film parait défendre la thèse que si l'Afrique est pauvre malgré ses richesses, c'est qu'elle le veut bien. Un des nombreux exemple de malaise ressenti devant cette œuvre : https://www.senscritique.com/film/black_panther/critique/167873553
Je me retrouve aussi beaucoup dans cette critique, très bien écrite : https://www.senscritique.com/film/black_panther/critique/159464530
P.P.P.S. : Untied Strange Loop me signale deux vidéos intéressantes qui recoupent totalement mes thématiques. Le méchant-aux-bonnes-intentions et les super-héros comme artisans du statu quo. Et le film au casting black mais qui finit par devenir un non-évènement :
- Critique des films Marvel en général
- A propos des biais racistes d'Hollywood
Vu 1 fois
3/10
_
Créée
le 4 mai 2026
Critique lue 44 fois
7
le 28 févr. 2018
SuivreAlors qu’on n'attend plus rien du mastodonte Marvel, qui ne cesse de ronronner même dans les supposées nouveautés de sa franchise (les promesses non tenues du deuxième Gardiens de la Galaxie, la...
3
le 6 mars 2018
SuivreAprès un cru 2017 plutôt satisfaisant, le Marvel Cinematic Universe continue son entreprise de suprématie absolue sur le genre superhéroïque au cinéma. Black Panther est le premier gros coup des...
6
le 14 févr. 2018
SuivreOuvrant le bal super héroïque de l'année 2018, Black Panther devait représenter un nouveau départ, une réinvention de la Maison des Idées. Oui... Mais encore ? Une mise en avant du vocable...
6
le 23 août 2025
Suivre- L’avis sans spoil : Un classique… à voir ? La suite aura du spoil sans balise, vous êtes prévenu-e-s. - - Trop fort ce Ford - Au plus je vois de films de John Ford, au plus je les sépare en deux...
6
le 24 oct. 2025
Suivre- À réserver aux fans de la période ou des acteurs. - Aucune objectivité chez nous avec ce type de film où l’aspect documentaire fait 50 % de l’expérience. Ça rajoute vite un point ou deux à l’œuvre...
10
le 12 sept. 2025
Suivrele 12 sept. 2025
[Critique plus à froid]Ce disque m’a pris aux sentiments tout de suite. Difficile de comprendre ce que j’écoutais par moments mais envie d’y revenir quand même. Y a-t-il une ligne mélodique ? Un...