Le film de Jean Renoir est une gentille fable sociale. Gentille au sens de bienveillante, parce que son auteur porte sur les différents protagonistes un regard dénué d'ironie, respectueux des valeurs de chacun. L'originalité du cinéaste est de ne pas avoir cédé à un satire malicieuse ou irrévérencieuse comme pouvait l'y inciter le sujet.
L'intrusion d'un clochard, personnage fruste ou primaire au sens où il ne possède aucun savoir-vivre, dans un ménage bourgeois, sème une douce anarchie. Recueilli par un libraire charitable, Boudu (Michel Simon) se heurte aux bonnes manières et convenances (mais également aux nécessités) d'une maison bien tenue, symbolisée par la rigueur stricte de la maitresse de maison, promptement indignée par les écarts de conduite de Boudu.
Touchant par son innocence ou exaspérant par ses moeurs de "sauvage", Boudu permet sans doute à Renoir de mesurer le chemin parcouru par le citadin dans sa quête de confort et de superflu. Le propos est amusant et le ton est, bien évidemment à la légèreté.
La fin du film, hommage à l'univers impressionniste d'Auguste Renoir -les bords de la Marne- est charmante par son insouciance et sa poésie.