Si vous faisiez entièrement confiance à Yorgos Lanthimos pour prendre un film complètement barré, excessif, rejouissant dans son humour borderline, son esprit punk et sa propre conscience de lui-même qui le pousse à ne se prendre jamais trop au sérieux et en faire un machin froid, un peu pompeux à force de se donner des airs profonds, laissant peu de place au rire et encore moins d'occasion de se réjouir de quoi que ce soit, laissez moi vous dire que vous aviez raison, et que décidément, vous connaissez bien le réalisateur grec.
Alors, oui, je vous conseille nettement de regarder Save the Green Planet avant de voir Bugonia! Et oui, je préfère de loin le film de Jang Joon-Hwan à celui de Lanthimos
Mais malgré mon introduction un brin provocatrice, le film de Yorgos n'est pas depourvu de certaines qualités. Il faut bien sûr lui reconnaître un beau travail sur l'image et le son, comme toujours, des interprétations très réussies , et un propos qui en mêlant tout à la fois une critique du complotisme et une remise en question du pouvoir des multinationales et de leur caractère destructeur, tire un constat malheureusement aussi lucide que sans appel vis à vis des chances de survie de notre espèce, sur lesquelles, il faut bien le dire, même les personnes souffrant d'un optimisme délirant confinant à la pathologie ne parierait probablement pas un kopek.
Mais cette pertinence baignant dans le cynisme au sujet de notre société humaine au bord du gouffre ne parvient pas tout à fait à faire autre chose du film qu'une sorte de supplément bienvenu à l'œuvre originale: seul son épilogue étant vraiment mieux pensé et plus réussi que celui de son modèle.