Deux génies de la mise en scène se confrontent, à quelques mois d'écart, aux complotismes contemporains : Ari Aster (Eddington) et Yorgos Lanthimos (Bugonia) prennent le parti de s'en moquer, dans des films qui commencent comiques et finissent dramatiques, dans le sang. Et les deux grands filmeurs, par un abus de confiance en soi, sans doute, se heurtent au même problème : le survol du sujet.
Dans Bugonia, Emma Stone, PDG d'une grande entreprise, est kidnappée par Jesse Plemmons, ouvrier dans un entrepôt de la même grande entreprise, persuadé qu'il s'agit d'une extraterrestre, et qu'elle est là pour détruire la Terre. Le jeu de Jesse Plemmons permet de nuancer un peu le personnage endeuillé qui n'a pas une vie facile, et l'acteur parvient ainsi à rendre son personnage fascinant, à la fois terrifiant et ridicule. Mais il ne faut sans doute pas s'attendre à un film sur les complotistes, car on en saura pas beaucoup plus que cela.
En revanche, ce qui amuse, c'est le rapprochement, presque naïf, fait entre la PDG de multinationale et l'alien, dans la responsabilité qu'elles ont concernant le changement climatique : Jesse Plemmons accuse donc la bonne personne, mais pas pour la bonne raison. Le film s'étend un peu trop là-dessus (et de manière générale). Yorgos Lanthimos aurait pu faire plus simple et plus compliqué à la fois, dans la partie centrale de son film, mais quelques scènes sortent du lot (un dîner de spaghettis par exemple).
La fin, en revanche, est surprenante et réveille le film du faux rythme qu'il avait créé dans ce huis clos de cave pourtant très bien filmé. Emma Stone, qui se dévoue entièrement à son réalisateur, révèle sa nature et celle du film : l'anthropocène, par définition, ne peut pas être extraterrestre.