Carnage
6.8
Carnage

Film de Michael Ritchie (1972)

VU EN DVD


Prime Cut — ou Carnage dans son titre français — de Michael Ritchie est un film profondément étrange, coincé quelque part entre le Nouvel Hollywood et la série B la plus poisseuse. Un polar atypique qui semble moins intéressé par son intrigue criminelle que par l’exploration d’un territoire moral en décomposition.

Le récit suit un homme de main envoyé au Kansas pour récupérer une dette auprès d’une bande de rednecks locaux. Ce professionnel fatigué, incarné par un Lee Marvin immense , appartient à cette catégorie de personnages que plus rien ne paraît pouvoir surprendre. Regard éteint, démarche lasse, violence intériorisée : il traverse le film comme un vétéran déjà usé par le monde. Pourtant, ce qu’il découvre dans cette Amérique rurale semble encore capable de le sidérer.

Car Prime Cut ne repose pas tant sur un scénario « béton » que sur la description d’un univers malade, grotesque et fascinant. Derrière son apparente brutalité de polar d’exploitation, le film se révèle être une satire féroce d’une certaine mythologie américaine : celle des barbecues dominicaux, de la famille traditionnelle, des foires agricoles et du plaisir très assumé des armes à feu. Michael Ritchie filme le Kansas comme une terre archaïque où la viande est reine et où les jeunes orphelines deviennent littéralement des marchandises sacrifiées sur l’autel du patriarcat et du profit.

Face à Marvin, Gene Hackman livre l’une de ses compositions les plus répugnantes. Vulgaire, obscène, brutal, il incarne une forme de pourriture morale profondément américaine. Et pourtant, fidèle à son immense talent, Hackman ne sombre jamais dans la caricature : son personnage reste crédible, presque banal dans son horreur.

On pourrait voir Prime Cut comme le chaînon manquant entre Le point de non retour de John Boorman et Délivrance du même réalisateur : un film où la modernité urbaine vient se fracasser contre une Amérique primitive, violente et dégénérée. Mais là où Boorman privilégiait la stylisation ou la tension psychologique, Ritchie injecte un humour noir presque absurde, constamment au bord du grotesque.

Prime Cut dérange autant qu’il amuse. C’est un film sale, inconfortable, parfois ridicule, mais toujours fascinant. Une œuvre qui semble constamment hésiter entre le cauchemar rural et la farce macabre — et c’est précisément ce qui la rend si singulière.

JromeCin-radica
8
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le 12 mai 2026

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hopkins

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