Film à sketches, et ovni cinématographié, voilà un curieux objet qui va laisser les amateurs d’originalité, sans voix, bouche bée de stupéfaction. Une caméra fixe, deux chaises autour d’une table, deux individus, on n’a même plus besoin d’avoir des acteurs, on peut prendre des célébrités qui jouent leur propre rôle. Le prétexte, c’est une tasse de café, et l’action c’est dans les dialogues seulement, c’est pour le moins minimal. Malentendus, quiproquo, propos surréalistes ou volontairement à côté de la plaque, humour au cinquantième degré, on est au croisement du théâtre et de la pure performance dans le style « l’art pour l’art ». Un dispositif mental, et le plus étonnant c’est que malgré cette sécheresse apparente, cela fonctionne quand même. On se prend à rêver, avec un noir et blanc de rigueur, pour faire encore plus sérieux et abstrait, sans affects, ou concepts inutiles. Un délire avec un haut degré de performance, de présence face caméra. C’est tellement décomplexé qu’on plane, même si on ne comprend pas tout…heureusement. Autour d’une tasse de café, et en fumant une cigarette, en parlant de rap, d’Elvis, d’un groupe de rock inconnu qui s’appelle…Sqürl !?
La prestation de Kate Blanchet est un paradoxe impossible à refaire au théâtre, soit dit en passant, à voir. Le trucage est simple mais imparable. Le jeu de rôles entre les acteurs, l’italien et l’anglais est irrésistible. Mon sketch préféré. Le quiproquo entre Alex Descas et Isaac De Bankolé est tellement absurde, qu’on pense qu’à un moment ou un autre, ils vont finir par se battre. On a aussi Bill Murray qui rencontre deux rappeurs : GZA et RZA. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le vieux Bill n’est pas du tout largué par deux gars du WuTang, bien au contraire. Et à chaque sketch, une proposition différente, des rencontres d’une réconfortante fraîcheur, une joute verbale, et beaucoup de choses exprimés. En peinture en appellerait ça une aquarelle. C’est le genre de surprise auquel on ne s’attend plus dans notre panorama aseptisé, et qu’on met de côté pour le re-regarder un de ces jours. Ça fait du bien.

Créée

le 3 nov. 2014

Critique lue 301 fois

Angie_Eklespri

Écrit par

Critique lue 301 fois

D'autres avis sur Coffee and Cigarettes

Coffee and Cigarettes

Coffee and Cigarettes

8

Veather

le 6 déc. 2014

Suivre

Read My Mind #5: Coffee and Cigarettes

Raison: « Bon, les amis, le dernier RMM n'a rencontré qu'un succès mitigé. Avec le temps qu'on a passé à l'écrire, je m'attendais à mieux. Relativisme: Bah, on ne peut pas toujours être au...

Coffee and Cigarettes

Coffee and Cigarettes

7

Vincent-Ruozzi

le 18 déc. 2016

Suivre

It’s not a healthy film

Succession de courts métrages, Coffee and Cigarettes est une fresque de discussions autour d’une boisson, généralement un café, et de cigarettes. Réalisé par Jim Jarmusch, le projet était à la base...

Coffee and Cigarettes

Coffee and Cigarettes

5

Lunem

le 18 sept. 2010

Suivre

Donuts and Cherry pie

Jim Jarmusch a oublié un élément essentiel pour fabriquer un bon épisode de Twin Peaks. Les donuts mec! Les donuts :/

Du même critique

Easy Rider

Easy Rider

2

Angie_Eklespri

le 26 juil. 2014

Suivre

Nanar et culte

Film culte, générationnel, et comme ce n’est pas la mienne de génération, je garde mes distances et je regarde le truc avec respect. Et malgré ça, je n’arrive pas à trouver d’excuses, le film est...

Ella and Louis

Ella and Louis

10

Angie_Eklespri

le 23 déc. 2014

Suivre

Ella et Louis

Si vous voulez le disque suprême à écouter à deux, ne cherchez pas plus loin. A deux ou tout seul, ça marche aussi, ça fait voyager. Rien que des ballades, de qualité supérieure, vocalement on a des...

Vera Cruz

Vera Cruz

5

Angie_Eklespri

le 16 mars 2015

Suivre

Le sourire éclatant de Burt Lancaster

Globalement déçu. Un des nombreux westerns qui revus adultes, se révèlent être un divertissement sans prétention, avec des ficelles ultra classiques, et une réalisation sans grande originalité. Le...