J’avais à la fois hâte de découvrir Colony, mais également quelques appréhensions en ce qui concerne le visionnage. Car si le nom de Yeon Sang-ho rime avec tension et spectacle (Dernier train pour Busan), il s’accorde également avec excès et nanardise (Peninsula). Sachant qu’il revenait aux zombies/infectés avec ce nouveau film, difficile de savoir de quel côté ce dernier allait balancer. En finalité, Colony se place au beau milieu des deux œuvres, piochant aussi bien dans les qualités de l’un que dans les défauts de l’autre. En soit, il faut voir cette proposition comme une série B qui s’assume. Un divertissement sans prise de tête qui se montre généreux en matière d’action et de divertissement. L’ensemble se montre bien plus maîtrisé que dans Peninsula et n’est pas avare en plans énergiques, voire même spectaculaires sur la fin. Il suffit de voir les figurants sous le maquillage des zombies, se donnant à cœur joie pour ce qui est de la gestuelle désincarnée et ses pirouettes volontairement improbables. L’ensemble démarre sur les chapeaux de roues pour ne plus vous lâcher jusqu’à son générique de fin, témoignant d’un rythme et d’une efficacité qui parviennent à tenir la distance. De plus, le cinéaste propose avec Colony une vision différente qu’il avait des infectés jusque-là, piochant un peu dans The Last of Us pour livrer un bestiaire sachant communiquer entre eux et évoluer – sans parler de cette capacité à « fusionner ». Cela donne une imagerie bien poisseuse et dégoulinante, notamment avec ce mucus qui ne fait que recouvrir les décors, rappelant le mode de vie et le fonctionnement des blobs présentés dès l’introduction. Un apport qui permet de parler, bien que grossièrement, des problèmes d’interaction et de communication qui nuisent à notre société. Mais derrière ses atouts de purs divertissements, Colony ne convainc pas totalement par tout un tas de manques qui aurait pu être évité. D’écriture, notamment en ce qui concerne les personnages, oscillant entre la pure chair à canon et les héros sans charisme. De cohérence dans l’univers qu’il présente, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’antagoniste principal – cliché du scientifique fou -, dont les actions et capacités s’avèrent aléatoires. De dosage, s’éternisant sur un visionnage de 2 heures alors qu’il aurait très bien pu faire moins et ainsi ne pas s’éparpiller inutilement. De pertinence, son choix du mucus étant finalement gratuit – ne servant juste qu’à rendre le cadre visqueux, n’ayant aucun impact sur le fonctionnement des infectés – alors qu’il se montre un poil gentillet pour ce qui est de la tripaille. De confiance en l'intelligence du public, vu que le film ne fait que surexpliquer le fonctionnement de son lore. Et, en conséquence, de cette petite étincelle qui, à mon sens, en aurait fait une série B jouissive et réussie. En l’état, Colony permet de passer le temps en toute décontraction, sans pour autant casser la baraque. Ce n’est pas encore aujourd’hui que le cinéaste coréen reviendra avec la surprise et la claque qu’avait été Dernier train pour Busan à sa sortie…